Pour traiter aujourd'hui un aspect « léger »
(mais réel) de la profession, je souhaite profiter de cet article pour lister tous les déboires, disons « physiques », qui me sont arrivés, depuis que j'exerce ce métier. Peut-être
suis-je particulièrement malchanceuse, ou peu adroite. Certainement parfois aussi (légèrement) étourdie...Mais je rencontre, malheureusement régulièrement, des incidents lors de mes
visites, qui font souvent rire les clients qui m'accompagnent.
Ainsi, un couple d'acquéreurs de l'année 2007 me reparle systématiquement, dès qu'il me croise en ville, d'une chute mémorable dont j'ai été "l'héroine" (bien malgré moi), en leur présence. Ce
jour-là, fraîchement parvenue sur le terrain d'une maison construite dans les années 1980, je commence à faire le tour de la propriété afin que les acquéreurs puissent visualiser la construction
dans son ensemble et repérer l'orientation du bâtiment. Absorbée par mon descriptif, je continue de m'avancer tout en parlant. Soucieuse de ne pas perdre mon couple d'acquéreurs, je me retourne
afin de m'assurer qu'ils me suivent bien. C'est à ce moment-là que j'enfonce le talon de mon escarpin dans un trou d'évacuation d'une grille, qui délimite la terrasse. Emportée par le mouvement,
mon pied reste coincé, le talon se rompt et je tombe de tout mon long, les bras en croix, sur le sol boueux. Bref, une chute très grande classe ! Les clients sont venus me relever, mais
je sentais bien qu'ils se retenaient pour ne pas pouffer, surtout lorsqu'ils ont constaté l'état de mon collant bien abîmé...J'ai tenté de garder un semblant de naturel lorsque j'ai poursuivi la
visite, clopinant avec une chaussure plate, l'autre avec le talon d'origine ! Bref, un moment de gêne, quand même, qui a duré plus d'une heure...Ceci-dit, cet épisode avait seulement écorché
mon orgueil, mais pas mon intégrité physique.
Car j'ai connu une « anecdote » bien plus douloureuse en 2006 : ce jour-là, la visite d'une ferme, particulièrement « dans son jus » (comme on dit dans le jargon), était
programmée. L'agriculteur m'avait prévenu : « attention, ma p'tite dame, si vous m'ntez dans la gr'nge, faudra mett'e les pieds là et là. Suivez bien les planches. ». Bien sûr,
j'ai fait attention : j'ai tâté le terrain en tapotant chaque planche de ma chaussure. Mais cela n'a pas suffit : au moment où je fais porter mon poids sur une de mes jambes, j'entends
un Crac strident. Les clients, à l'arrière (car je passe toujours devant, si ce n'est pas du dévouement, cela !), me regardent alors, ahuris, m'enfoncer jusqu'au genou à travers le plancher
de la grange. Il a bien fallu cinq longues minutes pour me dégager. La visite a été stoppée net car je saignais pas mal des nombreuses écorchures, liées au frottement du bois. Là, les clients ne
rigolaient pas. Pour le retour, le monsieur a même conduit la voiture de l'agence à ma place afin de m'éviter de plier mes genoux, tout gonflés ! Si j'étais passée entière à travers le
plancher, je ne serais plus là pour bloguer.
Mais ce n'est pas tout, non ! Quand je vous dis qu'agent immobilier, c'est un sacerdoce ! J'ai été piquée disons au moins 5 fois en 4 ans par des guêpes, souvent au moment de
l'ouverture de volets, en été. Les essaims adorent se nicher derrière les vieux contrevents de maisons inhabitées !
Je déteste aussi les mois d'Août/ Septembre, car je rentre souvent criblée de piqures d'Aoûtats, qui adorent les pieds, l'intérieur des genoux et qui piquent jusqu'à la taille (ils me confondent
avec les veaux, occupants habituels de certains champs !).
J'ai également connu : les énormes clefs anciennes en fer forgée qui n'ouvrent rien du tout, sauf si vous forcez de tout votre poids, au risque de vous briser les poignets, l'araignée noire
et velue qui tombe d'un coup, lourde, sur votre brushing, lorsque vous ouvrez la porte du grenier afin de faire admirer la charpente aux visiteurs, le serpent, petit mais bien réveillé, qui
barbote dans la cuvette des WC, les dobermans qui jaillissent par paire (comme ceux de Higgins dans Magnum!) dès que vous avez le malheur de poser un escarpin en dehors de votre véhicule...
Et puis, je n'ai jamais été aussi à jour de mes vaccins, depuis que j'exerce ce métier : l'an dernier, j'ai posé mon pied (délicat), chaussé d'une ballerine (légère), sur une
planche transpercée d'un clou rouillé, millésime années 1920 ! Le croirez-vous ? J'ai quand même réussi à enfoncer l'objet pointu dans la plante du pied sur un bon centimètre de
profondeur. Je ne sais pas si cela vous est déjà arrivé, mais c'est affreusement douloureux. J'en ai pleuré. Bilan : maquillage « Harlequin » (sans colombine) et visite en urgence
chez le médecin des pompiers pour un rappel antitétanique !
Enfin, après plusieurs années d'expériences, me voilà à présent, armée, prête à affronter, par tous les temps, les affres des visites rurales : vaccinée de frais, j'ai investi dans des
bottes caoutchouc renforcées pour la visite des fermes (très seyantes avec un tailleur !). J'ai acheté des répulsifs puissants (spécial vétérinaires, réservés aux troupeaux : odeur
inqualifiable) pour combattre les aoûtats. Dorénavant, j'ai aussi juré de laisser passer les clients devant (mon assurance professionnelle couvre en effet les éventuels « accidents » de
visite) !!! Non, je plaisante, mais il ne faut pas me tenter...
Etre agent immobilier en campagne, c'est faire son Koh-Lanta tous les jours...
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