Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
17 juillet 2009 5 17 /07 /juillet /2009 13:29

En parcourant la presse de Juin 2009, j'avais relevé un article se référant à une étude concernant la sécurité sociale. Cette analyse prouvait qu'un arrêt maladie sur 10 était injustifié (ou trop long). Les médecins n'avaient d'ailleurs pas du tout apprécié la conclusion de l'étude et avaient immédiatement réagi en expliquant les chiffres présentés. Ils profitaient de leur droit de réponse pour souligner que les 10% d'arrêts injustifiés étaient, on ne peut plus « naturels », car il n'est pas toujours aisé, même pour un médecin aguerri, d'identifier certains patients « simulateurs ».

 

Mon sentiment personnel est pourtant, a contrario, que le ratio « 1 arrêt sur 10 injustifié » est bien en deçà de la réalité. Mais peut-être est-ce le résultat d'un ressenti « subjectif », lié à ma fonction...

En effet, la lecture de cet article a eu un drôle d'écho en moi car cela résonnait curieusement avec ma pratique commerciale sur le terrain : dans les faits, j'ai pu ainsi constater que plus d'une douzaine de clients, rencontrés les 3 derniers mois, ont profité de leur arrêt maladie pour réaliser des visites par l'intermédiaire de mon agence, et ce, en vue d'une acquisition immobilière !

 

Ainsi, je citerai certains exemples vécus (dans le désordre) sur les derniers mois, afin d'illustrer mes propos :

  • une cliente m'appelle il y a 10 jours pour visiter un vendredi. La journée étant déjà chargée, je lui propose de reporter au lundi suivant. La cliente refuse car elle m'indique sans aucun état d'âme qu'elle a mis à profit son arrêt maladie d'une semaine pour visiter des maisons et que le laps de temps imparti se termine le Vendredi en question. Dès le Lundi suivant, elle reprendra donc le travail et ne souhaite pas se rendre disponible en soirée car les journées de travail « l'épuisent ». Ce sera donc vendredi ou... lors de son prochain arrêt maladie (dans un ou deux mois, m'indique-t-elle, sans sourciller) !

  • Une propriétaire nous contacte pour nous confier la vente de sa maison. La prise de rendez-vous est aussi surprenante car la vendeuse insiste pour que nous visitions sa maison l'après-midi même. Enceinte de 3 semaines (sic !), elle nous avoue être en arrêt maladie depuis quelques jours pour cause de trajets « éreintants » (20 Km !) entre son domicile et son lieu de travail. Elle souhaite donc profiter de cet arrêt qui devrait sans aucun doute se prolonger (d'après elle), pour recevoir, à l'avenir, les futurs acquéreurs en visite. En effet, il lui semble inconcevable de nous laisser les clefs pour que nous visitions en son absence. Toute visite ne peut se faire qu'en sa présence, et cela tombe bien : elle va rester à domicile un bout de temps encore, son médecin est arrangeant !

  • Un autre propriétaire nous demande de venir expertiser sa maison. Le monsieur nous accueille en bleu de travail, de la peinture plein les cheveux, perché sur un escabeau : il est en train de mettre la touche finale à la décoration d'une maison qu'il rénove depuis deux ans en vue de la vendre dès qu'elle sera terminée. Lors de la visite des lieux, nous apprenons que le propriétaire en question est en arrêt maladie depuis 56 jours et qu'il a profité de son temps libre pour « mettre un grand coup » dans la restauration de sa maison.  L'année dernière, une précédente période de 60 jours d'arrêt lui avait permis de refaire le toit, la plomberie et l'électricité ! En revanche, cette fois,  il n'a pas le choix : il doit malheureusement reprendre son poste dans 4 jours, car si la durée totale de l'arrêt de travail dépasse 60 jours par an, le fonctionnaire qu'il est, perd définitivement son droit aux « primes » ! Enfin, ce n'est pas grave et cela tombe finalement plutôt bien : il avait fini de rénover sa maison de toute façon ! A présent, il peut la mettre tranquillement sur le marché, et se remettre à travailler...

  • Une cliente récente me contacte par mail pour nous demander de visiter 5 maisons la semaine prochaine : elle propose d'organiser une visite de maison par jour, du Lundi au vendredi, à chaque fois entre 14h et 16h. En dehors de ces créneaux horaires, elle me répond par téléphone qu'elle ne souhaite pas prendre de rendez-vous : elle ne voudrait pas qu'un contrôleur maladie passe à son domicile, qu'elle ne quitte d'ailleurs plus que pendant les plages autorisées (14h à 16h dans son cas, d'après les précisions de son médecin !).

  • Un couple réalise une offre d'achat sur une maisonnette de village, après avoir effectué plusieurs visites. Avant de signer le compromis de vente, ils m'autorisent à prendre des renseignements sur leur solvabilité auprès de leur conseiller bancaire. Ce dernier m'apprend alors que le monsieur est en arrêt maladie depuis 24 mois, suite à un épisode d'harcèlement moral au travail. Par conséquent, aucune assurance n'acceptera de garantir les prêts bancaires (Ces organismes n'aiment généralement pas beaucoup les troubles qui s'apparentent de près ou de loin à des épisodes dépressifs !). J'explique à mon client,  le lendemain, les difficultés d'assurances bancaires qui semblent se profiler à l'horizon lorsque ce dernier me répond : « Mince, si j'avais su que les déprimes empêchaient d'acheter une maison, j'aurais plutôt misé sur un problème de dos ! Mais comme les médecins ont été sensibilisés à la question du harcèlement moral au travail (suite à un bouquin qui a fait fureur. ndlr), cet argument me semblait imparable !». 

 

Peut-être encore une fois que le métier d'agent immobilier pointe, par le petit bout de la lorgnette, certains aspects peu glorieux de notre nature humaine ? Peut-être aussi que les clients, qui "fraudent" la sécu confient plus facilement leur petite magouille à un agent immobilier, considéré comme un " vrai professionnel de l'arnaque"!  Avec lui, on peut parler: entre un "fraudeur" et un "voleur", on se comprend!  Pas de risque de signalement au fisc, à l'urssaf ou à la sécurité sociale, l'agent immobilier doit d'abord balayer devant sa porte avant de "dénoncer" son prochain!  Le client se "lâche" ainsi en toute confiance, et explique facilement par le menu comment il détourne de l'argent public, très fier d'être un français qui connait le système B !

L'agent immobilier, que je suis, découvre, par conséquent, régulièrement les petites manoeuvres de nos charmants concitoyens...Et la problématique des arrêts maladie, posés pour réaliser des travaux chez soi (qui permettront de réaliser une plus-value en cas de revente) revient à faire payer les améliorations de son propre logement par la collectivité!

De plus, ce type de comportement est considéré comme "malin" par la plupart des personnes avec qui j'ai pu discuter de ce problème. Peut-être est-ce moi, l'extraterrestre?

Partager cet article

Repost 0

commentaires

HT 13/09/2011 13:08


Bonjour,

Et bravo pour ce blog que j'ai découvert il y a qques semaines et que je lis en large et en travers depuis.

Je me permet d'intervenir sur ce sujet parce que cela me concerne un peu :
- Je bosse à la sécu (MSA) et il se trouve que mon poste est entre autres choses lié à la lutte contre la fraude et que cela me donne aussi accès un certaines statistiques ou informations qui me
permettent d'avoir un regard un peu plus objetcif là dessus.
- J'ai acheté avec ma conjointe il y a un peu plus d'un an un appart pourri pour le retaper et qu'il corresponde à ce que nous attendons (et eventuellement qu'il nous revienne à un coût
raisonnable).

Accessoirement : Je peux rentrer dans les cases du fonctionnaire qui fait de l'investissement amateur, du charoganrd qui cherche à acheter le moins cher possible, du fils de prof, du fils de
notaire, et même du petit fils ou du frère de notaires, j'en passe probablement, mais dasn tous les cas, je doute que mon profil ne soit une somme ou une moyenne de tout ceux là.

Je vous confirme qu'il y a des grands abus dans ce domaine (sécu, CAF), et que pour certains, le seul projet professionnel s'articule autour de l'analyse de la législation sociale pour en tirer le
maximum. Malheureusement, nous ne sommes pas forcément encouragés à l'honnêteté. Je m'explique :

Cela fait désomais seize mois que ma conjointe et moi passons 3 we sur 4 et deux soirs par semaine à retaper notre appart (bon, on en est juste à avoir remis d'équerre le grose oeuvre, les
ouvertures, l'isolation, les planchers, la plomberie et l'electricité dans tout ce temps mais on essaye de faire ca bien justement . Objectif = 0 cache misère).

Il se trouve qu'en juin dernier, J'ai fait explosé un disque de meuleuse en pleine découpe, l'outil est projeté en l'air et me retombe sur le bras encore en rotation (parce que la meuleuse est un
des rares outil à ne pas fonctionner avec une gâchette, Si bien qu'elle continue à tourner si on la lâche). Bilan : ouvert au dessus du poignet gauche sur 12 cm, jusqu'à l'os, nerf sensitif coupé,
trois tendons de coupés et un sacré travail de couture en prespective avec des méthodes que les meilleurs créateurs de la mode n'imaginent même pas.

Le lendemain de l'opération, le chirurgien vient me voir et m'annonce un arrêt de travail de 8 semaines... contre lequel je m'insurge sur le champ.
Après quelques minutes, il me donne son accord sans demander de décharge pour retourner bosser le lendemain en me donnant quand même certaines recommandations pour que je ne fasse pas de dommages
supplémentaires au bras.

Entre temps, mon boss que j'ai eu au téléhone me suggère de prendre quand même 3 jours pour me remettre et m'habituer à ma nouvelle situation (deux doigts seulement utilisables sur la main gauche
mais je suis droitier) et lors de ma sortie de l'hopital je découvre que le chirurgien m'avait quand même prescrit d'autorité un arrêt de 3 jours.

Considérant que ET le chirurgien ET mon boss me disent de m'arrêter quand même alors qu'il savent que je veux reprendre, je considère que trois jours constitue une durée raisonnable (et bien m'en a
pris parce que si on se sent bien sur son lit d'hosto une fois qu'on est enfin débarassé des perfusions, prises de tensions et autres outils de surveilances en tout genre. une fois chez soi
certains gestes basiques deviennent très difficile (mettre une chaussette ou du dentifrice sur sa brosse à dents deviennent une mission).

Là ou je suis choqué, c'est que le chirurgien a d'autorité prononcé un arrêt de 8 semaines sans prendre le temps de vérifier que cela était nécéssaire !
De même, après quelques douleurs inhabituelles dans la main, je décide de consulter mon médecin traitant afin de m'assurer que je ne fasse pas de "bêtises" irreversibles. Celui-ci m'explique
qu'après une section de tendon, il est normal d'avoir des sensation étanges, inconnues et douloureuses mais qu'il ne faut pas s'alarmer. En gros, je l'ai consulté pour rien. Après quelques tests,
il m'assure que tout va bien et qu'il est certain que je récupèrerais toutre ma main sans séquelles motrices.

Considérant que je m'était fait rassurer par mon médecin mais que je n'avais pas de besoin médical réél. Je décide de refuser la feuille de soins et de prendre la visite à ma charge. La sécu est là
pour nous soigner et non traiter nos petites craintes. J'ai à nouveau eu le droit d'être regardé comme un extra-terrestre.

En résumé, j'ai donc connu (à 30 ans et après 7 années de vie professionnelle) mon premier arrêt de travail (de 3 jours). Et lorsqu'on parle de travailler, de financer une partie des frais (aussi
infime soit-elle) parce qu'on estime que la collectivité n'a pas à payer pour cette partie là, on est juste regardé bizarrement !

Le vrai problème de la protection ou de l'assurance, c'est que beaucoup prennent ca pour une ressource stable et non comme une sécurité en cas de coup dur qui doit rassurer pour
entreprendre.....

Par ailleurs, si je ne remets pas en cause la rémunération d'un médecin dans l'absolu, je remets en cause le mode de fonctionnement. Un médecin qui refuse de faire des arrêts bidons perdra une
partie de sa patientèle et gagnera moins. Sa conscience le pénalisera financièrement...

Enfin, pour ce qui est de la bataille des chiffres, le commentaire d'Alain Homer correspond à la réalité. 10% des contrôlés.... et les contrôles sont ciblés.


Olivier 06/10/2009 20:01


@ Ninon
Alors là,sujet facile!!
Mon père est médecin généraliste, et je peux confirmer à tous que vos exemples sont hélas 100% véridiques.
Il a 65 ans, est toujours en activité (on prend sa retraite tard chez les toubibs), autrement dit il est de la vieille école.
-Au top des patients les plus pénibles haut la main : les profs (jamais moins de 45 minutes de consultation, il faut tout justifier...)
-Au top des salariés profiteurs d'arrêt maladie haut la main : les profs (ils ont droit jusqu'à 90 jours d'arrêt à salaire plein et sans aucun contrôle...)
En ce qui le concerne, ça fait longtemps qu'il a "éjecté" ces indésirables de sa clientèle.
Hélas tous les médecins ne peuvent en faire autant, un tiers d'entre eux vivant tout juste avec un smic net! Oui, oui, vous avez bien lu !
Pour avoir vécu ça dans une entreprise, il y a une parade imparable aux abus : le passage d'un médecin contrôleur au domicile dès le premier jour d'arrêt. Résultat -33% d'arrêt.
Je pense que si médecin tombe sur ce billet, il pourra aisément confirmer mes dires.
Cordialement,


odile 03/09/2009 07:33

@anne... je ne comprend pas pourquoi agent immobilier et "qualités littéraires et d'honnêteté" devraient s'opposer... et je tiens à préciser que je ne prêche pas pour ma chapelle, je ne suis pas agent immobilier.
merci pour ce blog très intéressant et divertissant.

Corinne NICOLAS 31/08/2009 00:35

j'ai lu le passage "la sécu soutien(sans le savoir) l'immobilier.
J'adore votre style d'écriture, en tout cas j'ai trouvé se texte sympa, du coup, comme mon mari est informaticien à la sécu(je me suis permise de faire un copier coller et de l'imprimer pour qu'il le lise. Je crois, que je deviens accro à votre blog. Si jamais, vous décidé d'en faire un livre, c'est sans sans problème que je l' achète. J'adore votre style d'écriture, frais facile à lire, je dirais même un style extravertie.

anne 05/08/2009 23:16

je dois être moi aussi une extra terrestre car je trouve cela très choquant et désespérant. vous devriez peut-etre changer de métier car celui-ci ne semble pas convenir à vos qualités littéraires et d'honnêteté.

Présentation

  • : La Triste vie quotidienne d'un agent immobilier: découvrir le métier sous ses facettes les moins reluisantes
  • La Triste vie quotidienne d'un agent immobilier: découvrir le métier sous ses facettes les moins reluisantes
  • : Lassée par les méthodes douteuses des professionnels de l'immobilier (dont je fais partie), ainsi que des différents intervenants du marché, je profite de ce blog pour communiquer sur le quotidien, méconnu, souvent "fantasmé" des agents immobiliers.
  • Contact

Le million ! Le million !


N'hésitez pas à vous inscrire à la newsletter afin que la parution de chaque nouvel article vous soit signalée !


Aucun commentaire posté n'a été supprimé de ce blog (sauf si envoi en double par erreur) afin  de privilégier le débat. Par conséquent, si votre commentaire n'apparait pas immédiatement, il s'agit alors d'un problème de latence des serveurs (donc temporaire) et non d'une volonté de modération. 

Depuis le 1er Avril 2009, le Blog Immobilier révélateur de la nature humaine, a reçu:

 visites  !!!

Recherche

Archives