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29 juillet 2009 3 29 /07 /juillet /2009 12:40

Il y a trois semaines, je suis appelée par une propriétaire dans le but de réaliser une estimation de son bien immobilier. A mon arrivée, je constate que le mari n'a pas pu se libérer sur le créneau horaire tardif, pourtant choisi afin que ce dernier soit également présent. Rien n'est en effet plus agaçant de savoir dès le départ qu'il faudra certainement user des mêmes arguments  une deuxième fois au cours d'un rendez-vous ultérieur (ce qui ne manque jamais d'arriver lorsque les conjoints ne sont pas tous deux présents lors de la première rencontre).

 

Ce rendez-vous initial dure plus de trois heures, malgré l'absence du mari, car le prix annoncé parait trop bas (comme c'est une surprise !)  à la vendeuse. Nous convenons finalement de tester sur le marché ce nouveau bien en le proposant 10 000 euros plus cher que sa valeur actualisée. Un arrangement est conclu : si au bout d'un mois, la maison ne suscite pas assez d'intérêt (absence d'appels ou de visites...), le prix sera revu et ramené à l'estimation initiale.

 

Ce type d'accord « temporaire » initial ne me choque pas en soi car il me semble entendable de vouloir obtenir un peu plus (5% dans ce cas) que le prix au départ, histoire de ne pas avoir de regrets par la suite. Ce qui me révulse, en revanche, ce sont les propriétaires qui s'accrochent pendant des mois, comme à une bouée de sauvetage, à un prix déconnecté de la réalité et ce, malgré la preuve évidente de l'absence de retours commerciaux.

 

Je prends finalement congé de la propriétaire après cette longue discussion, car elle désire réfléchir avec son mari avant de prendre la décision de la mise en vente. Quelques jours plus tard, la vendeuse me contacte pour m'informer que son époux souhaite me rencontrer à son tour (j'aurai dû parier, j'aurai gagné).

 

Me voilà de nouveau chez eux pour un deuxième tour de piste. Malheureusement à l'arrivée, le mari n'est toujours pas là. « Ce n'est rien, il ne va pas tarder » m'avertit ma cliente. Finalement, après plus d'une heure d'attente, passée à répéter le fameux discours de modération des prix que je ne manque jamais de tenir en présence de nouveaux vendeurs, l'époux arrive enfin. Me voici contrainte de réitérer ma litanie sur la baisse constatée des prix depuis Septembre 2008 et sur le faible espoir de voir ces derniers repartir à la hausse. Une heure plus tard, le mari semble convaincu qu'il est nécessaire de rester raisonnable en ces temps tourmentés. Malgré cela, il refuse de signer un mandat de vente immédiatement, car il doit « réfléchir » (comprendre : faire venir d'autres agences). Je repars ainsi, ayant le sentiment d'avoir plus que prêché la bonne parole !   

 

Une semaine plus tard, la vendeuse me contacte à nouveau pour me demander de lui faire parvenir par courrier le sésame tant attendu : un mandat de vente sans exclusivité car effectivement, ça y est, la décision de la vente a été prise : pour preuve, une autre agence, passée pourtant après moi, a déjà, elle, été mandatée. Lorsque la propriétaire m'annonce le prix affiché chez mon concurrent (40 000 euros ( !!) de plus que le prix estimé par mes soins), je comprends alors immédiatement que mon discours vérité sur les prix m'a valu de rater l'exclusivité et de ne pas obtenir le mandat de vente en premier.  La réflexion des vendeurs est toujours moins longue lorsque le prix proposé est alléchant ! Pas besoin de revenir une fois, deux fois, de montrer patte blanche ou prouver son professionnalisme. Pour convaincre un vendeur de vous confier son bien, il faut lui faire miroiter un prix inaccessible, quitte à lui faire perdre un temps fou et le pressuriser pour le faire baisser après.

 

Ma position est alors ferme : au prix surévalué par l'agence concurrente, je refuse de travailler et par conséquent, d'envoyer le mandat. Je conseille à ma propriétaire de débuter la vente avec mon confrère et de me rappeler dans quelques temps, lorsqu'elle sera prête à baisser parce qu'elle n'aura pas vendu. Je ne sais pas si c'est ce dernier argument qui l'a emporté mais elle me répond : « D'accord, envoyez-moi un mandat conforme à votre prix. Je pense également que je perds du temps avec la deuxième agence ».

 

Pour une fois, une propriétaire a compris ! Alléluia ! Le mandat de vente (avec le prix « seulement » supérieur de 10 000 euros au prix du marché) est finalement envoyé par la poste  le lendemain matin.

 

10 jours plus tard, malgré deux relances par mail, je n'ai toujours pas reçu le mandat par retour de poste. Je téléphone donc à la propriétaire :

- Bonjour Madame, Ninon Ingrid au téléphone. Je vous appelle pour savoir si vous avez pu me renvoyer le mandat de vente signé par votre mari et vous-même ?

- Ah, Ninon. Oui, Bonjour...Et bien figurez-vous que j'ai un gros problème. Le mandat n'est pas parti parce que ma fille a eu un accident de pétanque.

- ... ??? Pardonnez-moi mais je ne vois pas très bien le rapport ?

- La pauvre, elle a reçu une boule de pétanque, lancée à pleine volée sur le pied lors d'un tournoi. Elle souffre beaucoup. Son pied est littéralement écrabouillé.

- D'accord, c'est triste. Mais pourquoi n'avez-vous pas renvoyé le mandat ?

- Et bien, parce que tant qu'elle ne va pas mieux, je ne veux plus faire de visites.

- Mais en quoi les visites éventuelles vous gênent ? Vous savez, le temps de mettre en vente, d'organiser les premières visites qui, en période estivale, restent rares quand même, surtout en ce moment...

- Ma fille hurle de douleur toute la journée. Je ne veux pas l'importuner avec des étrangers qui feraient le tour de la maison.

- Vous savez, votre maison a 4 chambres. Il suffit qu'elle s'isole le temps de la visite intérieure. Nous ne la dérangerons pas plus d'une minute...

- Non et puis, la convalescence va être longue. Les médecins préconisent du calme. La pauvre petite est à bout de nerfs.

- Comment faites-vous avec l'autre agence ? Vous avez signé un mandat de vente incompressible pour 3 mois. Vous êtes donc bien obligés de réaliser des visites.

- Certes, c'est un problème. En tout cas, c'est pour cette raison que je ne vous renvoie pas le mandat.

- N'est-ce pas plutôt en raison du prix plus bas sur mon mandat que sur celui du concurrent ?

- Noooonnn...Qu'allez-vous chercher ? Bon, je dois vous laisser. Je dois changer les pansements du pied de ma fille. Je vous renverrai les mandats quand elle ira mieux.

 

Comme vous pouvez le constater, la baisse des prix n'est pas encore entrée dans les mœurs des vendeurs. Ne vous étonnez donc pas que les prix immobiliers portent encore haut leurs couleurs sur les annonces dans le Sud-Ouest. Cette terre d'accueil du rugby et de la pétanque, activités tellement propices aux incidents physiques contraignants, ne sera sûrement pas la pionnière en matière de modération des prix !

Photo: www.petanqueshop.com

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commentaires

online dissertations 15/09/2009 10:05

Blogs are so informative where we get lots of information on any topic. Nice job keep it up!!

beka_hest 22/08/2009 00:17

Bonjour,

félicitations pour votre blog que je viens de découvrir, pour vos talents d'écriture et votre franchise .
Globalement je crois qu'internet est heureusement la meilleure arme (et la seule?) des gens honnetes pour faire connaître leur idées
et influencer positivement les psychologies.

Cette histoire met une énième fois le doigt sur le fait que le marché de l'immo est opaque, anarchique et psychologique.
Et ce car non contrôlé en temps réel et donc tenu secret.

En effet, votre confrère en proposant un prix plus élévé au vendeur, a joué finalement contre vous,
et contre la baisse naturelle des prix favorable aux acheteurs.

Qu'il soit compétent, imcompétent, rusé, manipulateur, menteur, escroc, votre confrère fait malheureusement partie du marché.
Et son prix aura une influence psychologique sur tout le marché puisqu'il sera pris en compte dans le calcul des statistiques locales, régionales,
et nationales des prix au m2. Mais aussi dans la psychologie de celui qui lira l'annonce du bien et son prix.
Et ce même si le bien n'est pas vendu.
Même problème pour les vendeurs pas pressés s'accrochant à leurs prix même s'ils n'ont reçu aucune visite dépuis des mois.
Ils influencent le marché même sans vendre. Et c'est pourquoi les prix baissent lentement.
En général , la psychologie du "faux vendeur", est (dites moi si je me trompe ) :
" j'ai pas besoin de vendre, ni envie de déménager tout de suite ni pbm d'argent, par contre si qqun me propose un pactole pour ma baraque,
je la lache de suite (base de prix, celui auquel le voisin m'a dit avoir vendu en 2007, plus ma marge perso + 1O %).
Sinon je vends pas!(je vais pas brader non plus!)..."

Un vendeur pressé au milieu de 10 "faux-vendeurs", pour peu qu'il soit un minimum intelligent et pas gourmand, pourra mettre en vente à un prix légèrement inférieur aux autres,
et vendre plus cher que si les "faux-vendeurs" n'avaient pas été présents sur le marché.

Par ailleurs
Si je voulais jouer à l'avocat du diable par rapport à votre article, je dirais qu'il manque la fin de l'histoire...
la maison a-t-elle été véndue au prix fort ? Si non, comme vous le supposez et comme je l'espère, on est sur la bonne voie.
Si oui finalement votre confrère est meilleur que vous, la fille de la vendeuse aura bien fait de "se faire bouler" ;)

Ninon Ingrid 22/08/2009 09:39


@Beka_hest
Non, la maison n'est pas vendue, ni visitée... La propriétaire vient de me rappeler et me demande de lui donner un nouveau prix pour sa maison. Je suis reste ferme sur ma réponse. Peut-être que le
mandat va finalement m'être renvoyé...Que de temps de perdu. Ninon


fanfan 19/08/2009 22:05

Bonjour,

Avant que les vendeurs prennent conscience de la baisse il faudra je pense que les AI la prenne aussi...
Quant à leur revenus...il faut dire que certains se sont pris pour des "traders" ces dernières années...
et ont certainement bien porté tort à la profession...

René 12/08/2009 02:11

Voici un message que j'ai envoyé à une des agences qui s'est chargée d'estimer notre appartement.
Je ne doute pas de votre compétence, ma chère Ninon, mais vous comprendrez qu'il est indispensable pour un vendeur novice, de ne pas se fier à l'avis d'un seul et unique "expert". Dans notre cas, cela aurait pu être très préjudiciable et vous allez comprendre pourquoi:

"Bonjour.
Je viens de déménager et j'avais oublié de faire quelque chose qui me tenait à coeur depuis longtemps. C'est un article sur l'immobilier qui vient de me rappeler que je m'étais promis de faire quelque chose avant de quitter votre ville.

Lors de la mise en vente de notre appartement, nous avions fait venir plusieurs agents immobiliers afin de se faire une idée du prix auquel nous pourrions le vendre. Rien d'exceptionnel, me direz-vous.
Logiquement, nous nous étions tout d'abord adressés à vous puisqu'habitant (votre quartier), nous pensions être dans votre secteur d'expertise.

Mme X, s'est présentée et nous a généreusement gratifiés d'un 380-390 000€ au bout d'à peu près 3 minutes.
4 estimations, 3 visites et 2 semaines plus tard, nous le vendions 530 000€ net vendeur...

Vous comprendrez aisément que nous ne pouvions réprimer un sourire à chaque fois que nous pensions à cette brave madame X et à son "expertise" ainsi que toutes les fois où nous passions devant votre agence.

Tout ça pour dire qu'il y a probablement du ménage à faire dans votre profession, et je pèse mes mots. Malheureusement, la crise touche indifféremment les gens compétents, et les autres.

Sachez que je n'ai pas oublié le moment où j'étais locataire et qu'on me traitait avec dédain lorsque je cherchais mon premier logement, ou lorsque le marché immobilier était florissant et qu'on me recevait avec le même dédain, rapidement sur un coin de chaise, pour me dire que mon budget d'achat était franchement ridicule, et mes ambitions franchement démesurées.

De quel droit un agent immobilier parisien devrait-il toucher 20k€ de commission sur un appartement, alors que son confrère de province touchera 5k€ pour un travail strictement équivalent?

Ce système de commission, déconnecté de la réalité, n'est qu'une vaste escroquerie que la profession paye cher en ce moment. Revoyez vos ambitions à la baisse, exigez des commissions fixes réalistes et non des pourcentages faramineux, traitez tous vos clients potentiels avec le même respect et vous verrez que ce n'est plus 40, mais 80% des gens qui vous ferons confiance pour vendre leurs biens. On en peut pas tout mettre non plus sur le dos du marché.

Si je n'ai jamais pris le temps de pénétrer une seconde fois dans votre agence pour vous dire tout ça en face, ce n'est pas par manque de courage. Je vous renvoie simplement le mépris que l'on m'a opposé bien des fois.

Mais je savoure ma revanche en imaginant simplement que ce mail sera lu au moins une fois. Si c'est vous, Mme X, qui interceptez ce message, alors tout est dit. Si en revanche, il s'agit de quelqu'un d'autre, je fais confiance à la nature humaine pour que ce texte fasse le tour de l'agence.

C'est avec le même sourire de dédain que je pense à la mirifique commission que vous n'aurez jamais, et que je vous salue bien bas."

Je ne suis pas tendre avec votre profession, mais je ne pense pas qu'il y ait des raisons de l'être.
45000€ de commission pour une vente, pardonnez-moi, mais c'est tout simplement abberrant.

top.74 03/08/2009 15:20

J'attends avec impatience la prochaine excuse:
"non désolé Ninon, je ne veut plus faire de visites mon fils s'est foulé l'auriculaire en jouant aux échecs et il hurle à la mort depuis"

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  • : La Triste vie quotidienne d'un agent immobilier: découvrir le métier sous ses facettes les moins reluisantes
  • La Triste vie quotidienne d'un agent immobilier: découvrir le métier sous ses facettes les moins reluisantes
  • : Lassée par les méthodes douteuses des professionnels de l'immobilier (dont je fais partie), ainsi que des différents intervenants du marché, je profite de ce blog pour communiquer sur le quotidien, méconnu, souvent "fantasmé" des agents immobiliers.
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