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20 février 2010 6 20 /02 /février /2010 23:54

echelle_valeurs_humaines_L20.gifAujourd’hui, j’ai envie de vous raconter l’histoire d’une banale échelle, qui ne valait pas grand-chose - suffisamment toutefois pour attirer des convoitises - mais qui rendait bien des services. Bien que parfaitement anecdotique et présentant un intérêt dérisoire, comparativement à l’étendue de la problématique immobilière contemporaine, ce cas, illustratif de la petitesse des gens, m’a conforté dans le sentiment de méfiance qui m’habite au sujet de mes semblables : les êtres humains.

Depuis deux mois, je m’occupe de la vente d’une fermette, qui était habitée il y a encore peu. Depuis plus de 40 ans, le propriétaire, âgé de 82 ans, y a vécu dans une pièce unique, qui lui servait de cuisine, salon, salle d’eau et chambre. Ancien agriculteur et vieux garçon, le vieux monsieur n’a plus de famille proche pour s’occuper de lui. Sa retraite est minimale : il lui reste, en tout et pour tout, 67 euros par mois pour les extras, une fois que toutes les factures indispensables ont été réglées.


Il y a plusieurs semaines, la santé du propriétaire s’est dégradée. Une subite incontinence, doublée d’une paralysie temporaire, ont conduit le monsieur à l’hôpital, puis en maison médicalisée.


Bénéficiant toutefois de clairvoyance, le vieillard a pris conseil auprès des services sociaux et d’un notaire, puis a décidé de ne pas conserver son habitation. Le notaire qui suit ses affaires, a confié la vente de la fermette à plusieurs agences, dont la mienne, afin que le produit de la transaction améliore le quotidien de son client et participe à la prise en charge des frais nouveaux, induit par sa dépendance subite.

 

Mandatée pour parvenir à une vente rapide, j’ai réalisé une estimation du bien, qui nécessite, c’est le moins qu’on puisse dire, beaucoup de travaux. Le notaire a validé l’avis de valeur puis a accompagné le propriétaire pour débuter la vente et signer les mandats. Les visites ont ainsi pu démarrer.

Nul besoin d'être un grand professionnel de l'immobilier pour comprendre rapidement que le principal intérêt de la fermette réside dans son potentiel. Bien entendu, la surface immédiatement habitable est réduite comme peau de chagrin (une seule pièce, celle que le propriétaire a habité toute sa vie !). Inutile de dire que l’habitation ne propose pas de salle de bain digne de ce nom. Le visiteur n’y  découvrira pas, non plus, l’ombre d’une cuisine équipée. En  outre, il sera certainement ébahi de constater que l’électricité est aux normes des années 50.

 

Ainsi, malgré ses handicaps évidents, la fermette réserve de bonnes surprises:  les dépendances, hangars divers, bâtiments de stockage, mais aussi espaces sous combles, sont les véritables bijoux de la propriété. Ces "annexes" permettraient, à un bon bricoleur, de multiplier par vingt la surface habitable actuelle ! Ainsi, pour un acquéreur habile de ses mains ou travaillant dans le bâtiment, le potentiel de la fermette est important. Il est en revanche primordial que les dépendances, et les espaces sous combles puissent être inspectés par les visiteurs, lors de leur venue, afin que ces derniers prennent conscience des importantes possibilités que leur offre la bâtisse.

 

A cet effet, sur les conseils du notaire, le propriétaire a demandé à un voisin d’acheter, et de laisser sur place, une très grande échelle télescopique permettant un accès relativement aisé aux combles. Inutile de dire que tout l’ « argent de poche » mensuel du grand-père y est passé !

 

Mais le jeu en vaut la chandelle : cette échelle, mise à disposition des agences, reste un atout majeur dans ce dossier de vente : les visiteurs changent d’ailleurs radicalement d’attitude dès qu’ils montent sous les toits et découvrent les spacieux plateaux qui s’offrent à eux, avec une belle hauteur sous toiture dont la charpente est admirablement constituée de troncs d’arbre entier !

 

Mais revenons aux faits: lorsque les visites commencent, la fermette n’est plus habitée. La porte d’entrée ferme très mal. Les agences, peu regardantes, cessent rapidement de s’assurer que cette dernière est correctement verrouillée. De toutes les manières, en cas de négligence, personne ne s’apercevra de l’oubli et puis, l’habitation ne renferme aucun objet de valeur, aux yeux des négociateurs.

 

Pourtant, il aura seulement suffit de deux mois pour qu’un petit malin dérobe le seul matériel présent dans la fermette et offrant encore une valeur vénale proche de 50 euros (une vraie fortune !) : la grande échelle si nécessaire aux visites.

 

En effet, en fin de semaine dernière, arrivée avec des clients pour une visite programmée de la fermette, je me suis aperçue, sur place, que l’échelle avait bel et bien disparue, et ce, après plusieurs minutes de recherche afin de m’assurer qu’elle n’avait pas été simplement déplacée. Il ne me fut donc pas possible de faire visiter le clou de la visite : les immenses combles ! Les clients, certes frustrés, mais mis en appétit par mon discours sur les potentialités du bâtiment, émirent le souhait de revenir la semaine prochaine, avec si possible, un accès aux combles.

 

Suite à la constatation de la disparition de l’échelle, j’ai informé le notaire de la nécessité de remplacer cette dernière. J’appris alors que les finances du propriétaire se sont dégradées et ne permettent plus l’achat d’un tel objet. Ainsi, si je veux poursuivre les visites des combles à l’avenir, je devrais acheter et apporter une grande échelle à chaque déplacement. Pas question de laisser quoique ce soit sur place. Chaque agence devra agir de manière identique.

 

Une question subsiste: Qui a dérobé l’échelle ?

Finalement, le coupable importe peu. Cela peut être le voisin qui a trouvé l'échelle très chouette lorsqu’il l’a achetée et a décidé de se rémunérer de sa peine en la récupérant. Un agent immobilier a également pu estimer ce matériel parfaitement à son goût : les très grandes échelles pliables sont toujours très utiles dans le métier. La troisième hypothèse est celle d’un client, qui a constaté que l’agence n’avait pas correctement fermé la porte et est tranquillement revenu se servir après que cette dernière ait quitté les lieux. Enfin, - the last but not the least -, une agence a peut-être récupéré de manière définitive l'échelle afin de nuire à la concurrence, et rendre difficile l'accès aux combles pour les confrères ! 
 

 

Dans le triste métier d’agent immobilier (revenons aux sources du blog), les « petites mesquineries » régulières font partie du décor. Une grande majorité de mes confrères y sont habitués, sont même parfois devenus eux-mêmes les adeptes du cheveu coupé en quatre, et rois des proverbes « il n’y a pas de petites économies » ou « les petits ruisseaux font les grandes rivières ».

 

Pour ma part, je m’exaspère de constater combien l’être humain peut se montrer vénal, même pour des questions dérisoires. Chaque mesquinerie, même minime, me rappelle combien certaines personnes peuvent souvent manquer de « grandeur d’esprit » . D’ailleurs, ce trait de caractère n’est absolument pas lié à la profondeur du patrimoine ! Il s’agit plutôt d’un « way of life », d’une façon de vivre et de se comporter en société.

 

Cette réflexion m’évoque, d’ailleurs, le film « Quand Harry rencontre Sally » que tout le monde a vu au moins une fois, même si sa sortie ne date pas d’hier (1989 !). L’héroïne évoque, au cours d’un repas, les deux catégories dans lesquelles il est possible de classer chaque être humain : les « grands trains » et les « petits trains ».

 

Les premiers prennent la vie avec hauteur, considèrent qu’une vie enviable ne souffre pas de petites compromissions. Ils exigent beaucoup d’eux-mêmes comme ils exigent des autres. Dans l’exemple du film, ils sont incapables de commander un plat au restaurant sans exiger « la sauce à part ». En contrepartie, cette catégorie de personnes ne s’imaginerait pas pinailler sur l’addition, ou transiger sur une seule de leurs valeurs personnelles, comme l’honnêteté par exemple ! Ainsi, ils ne leur viendraient pas à l’idée de dérober une échelle de 50 euros à un papi, en fin de vie, qui vivote et se saigne aux quatre veines pour payer ses factures.

 

Les « petits trains » vivent, a contrario, une vie étriquée par leur comportement. Ils s’économisent eux-mêmes, comme ils aiment retenir le moindre euro dans leur portefeuille. Ils  aiment ainsi se débrouiller, même aux dépends d’autrui, et s’estiment malins lorsqu’ils ont réalisé un « coup », même futile, qui leur a apporté un avantage matériel, sans qu’ils aient à débourser quoique ce soit ! Ces rois du système D s’estiment plus intelligents que les autres et préfèrent subtiliser une échelle à un vieillard plutôt que de l’acheter au prix fort dans un  magasin « BRICO-CONO » comme l’immense foule décérébrée.
Quel cruel manque de panache !

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commentaires

Staub 07/12/2012 09:51

Quelle tristesse ! Surtout que c'est quand même le propriétaire qui en fait les frais. En tout cas l'histoire est bien racontée et agréable à lire. Je relis d'anciens articles pour me mettre un peu
dans l'ambiance de votre blog. Bonne continuation !

Sebastien 19/04/2010 19:11


Bonjour Ingrid,

Que se passe-t'il? Celà fait un long moment que vous ne nous avez pas écrit de nouveaux billets?
J'espère que ce ne sont pas tout ces commentaires d'individus frustré qui reviennent sans cesse avec les même arguement qui vous ont découragé d'écrire ou pire, découragé totalement de la nature
humaine...

Cdlt,

Seb


mammouth 14/03/2010 10:44


Non, c'est vrai tout n'est pas dans la poche de l'AI. Une grosse partie sert à rembourser le crédit du 4x4 Cayenne étouça...


crapo 09/03/2010 18:09


Pour qu'à chaque fois ca serve de défouloir anti-AI primaire dans les commentaires ? Je comprends la lassitude de ninon, elle a beau expliquer par exemple que non les honoraires c'est pas tout dans
la popoche de l'AI, des types s'amusent à dire le contraire... c'est navrant.


gillou 09/03/2010 13:47


Déjà 15 jours depuis l'histoire de l'échelle !
Vivement un nouvel article !


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