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15 janvier 2012 7 15 /01 /janvier /2012 11:47

3c9c7dbcArticle publié le 14/01/2012  -  La Dépêche.fr.

Carcassonne

"Et bim ! D'un coup d'un seul, de tête en plein nez, voilà l'ex-client d'un agent immobilier de la rue de Verdun qui, de bon matin, a eu la cloison nasale fracturée. Ce coup de boule, c'est l'agent immobilier en personne qui le lui a infligé. « Croyez-moi, je regrette mon geste qui relevait plus du réflexe que de la préméditation. Et puis un nez, c'est fragile », s'explique le commerçant, âgé de 63 ans. S'il a « pété les plombs », c'est parce qu'il s'est senti trahi par son client. « Cette personne a signé chez moi un mandat d'acheteur. Une commerciale payée à la commission s'est démenée pour lui trouver un bien sur lequel il a signé un contrat préliminaire d'achat, lequel a été négocié avec le vendeur de la maison. J'ai appris il y a trois jours qu'il a fait cet achat, hors de l'agence ! Ce qui signifie que ma commerciale a travaillé pour rien, pour 0 €. Quand je l'ai croisé, avec son arrogance habituelle, j'ai eu ce mauvais réflexe de lui donner un coup de tête », raconte le patron de l'agence immobilière. Les faits se sont produits hier matin, tandis que la victime conduisait ses enfants à l'école Jean-Jaurès, alors qu'elle sortait du parking Gambetta. « Mon mari avait les enfants avec lui ! Vous vous rendez compte ? Se faire frapper près de l'école, en leur présence !»

«Quand il a voulu s'expliquer avec son agresseur, à l'agence, la police l'en a empêché. Mais nous avons déposé plainte. Nous sommes seulement passés par une autre agence pour acquérir cette maison. Et avec cet agent, manifestement, aucune discussion n'est possible », dit l'épouse de la victime. La police, confirme qu'elle a bien reçu la plainte de la victime. Quant à l'auteur présumé, il indique qu'il a été entendu, dès hier, par les enquêteurs. Les suites judiciaires de cette affaire ne seront connues qu'en début de semaine prochaine. Le fait est que ce fait divers révèle l'ambiance tendue qui est celle du marché de l'immobiler actuellement : tant du côté des acheteurs que des commerciaux, payés à la commission et de leurs patrons."


Pour consulter le lien directement: http://www.ladepeche.fr/article/2012/01/14/1260724-carcassonne-d-un-coup-de-boule-l-agent-immobilier-casse-le-nez-du-client-indelicat.html?mid=57


Que dire sur cet article ?


 Plusieurs réflexions :


- A 63 ans, un patron d'agence immobilière ressemble à un "vieux routard", à la peau tannée. Il en a généralement vu des vertes et des pas mûres. Le coup classique du client qui évite l'agence, alors qu'il a eu recours à elle, a signé un mandat, a fait travailler, pour des prunes, pendant plusieurs semaines, un agent commercial payé seulement à la commission, etc..., cela sent le réchauffé. Il n'y a généralement pas de quoi de s'énerver, surtout lorsqu'on a plusieurs années d'expérience derrière soi. Seuls les trois premiers cas, vécus dans une carrière, énervent. Les affaires similaires suivantes se contentent de lasser. Il suffit de se lancer tranquillement dans une nouvelle procédure juridique routinière que les agences, et leurs avocats, maîtrisent à la perfection, et cela, les responsables d'agence le savent parfaitement puisqu'ils souscrivent des assurances afin que leurs importants frais juridiques annuels soient remboursés.


- Pourquoi donc ce patron d'agence a vu rouge? Le journaliste de La Dépêche a, lui, son interprétation : " Le fait est que ce fait divers révèle l'ambiance tendue qui est celle du marché de l'immobiler actuellement : tant du côté des acheteurs que des commerciaux, payés à la commission et de leurs patrons.".


En ce qui me concerne, je ne pense pas que cela soit (exclusivement) dû à l'état morose du marché immobilier de Carcassonne. Le raccourci est facile et évite de chercher plus loin. Ce fait divers illustre, en réalité, un changement en profondeur, de la mentalité des clients des agences immobilières.


- Tout d'abord, le nombre de tentatives de contournement d'agences se multiplie, depuis le développement d'internet, tout simplement parce que le quidam moyen a dorénavant des moyens techniques dont il ne disposait pas avant. Notre patron d'agence a donc certainement été plus agacé par la répétition des cas, que par la découverte de cette nouvelle fraude.


- De plus, à la lecture de l'article, il semblerait que, non content d'avoir évincé l'agence, alors que les étapes étaient avancées (signature "d'un contrat préléminaire d'achat"), le client "indélicat" soit, de plus, "arrogant". La tendance, ces derniers temps, est certes, de contourner une agence pourtant dûment mandatée, mais aussi de s'en vanter auprès de l'entourage, voir de fanfaronner quasiment devant sa vitrine. La douce période passée qui recensaient des clients fraudeurs, mais pas tapageurs, est à présent derrière nous. Auparavant, lorsqu'un acquéreur contournait une agence, il tentait plutôt que cette dernière ne s'en aperçoive pas, afin d'éviter un procés ou ...un coup de boule. Le schéma type était le "silence radio" immédiat (le même client, qui a visité plus de 10 biens avec vous, ne daigne plus répondre à aucun de vos messages, car il essaie de se faire oublier). Mais, depuis plusieurs années, le client "assume" sa filouterie, voire s'en vante. Interrogé, l'acquéreur trouve, d'ailleurs, sa fourberie tout à fait justifiée: ce n'est pas lui qui est malhonnête, c'est le niveau des commissions des agences. Et puis, "A malin, malin et demi", etc...Bref, le fraudeur ne fait plus profil pas: il justifie son comportement comme étant le fruit logique du système.


Cette modification récente de la mentalité des clients est difficile à supporter, surtout pour un patron d'agence qui a été habitué pendant les 3 dernières décennies à d'autres réflexes comportementaux, disons, plus classiques.


- Autre point, j'adore particulièrement un passage de l'article de La Dépêche. Il s'agit de la réaction de l'épouse. Pour moi, ses réflexions sont du caviar. 


Tout d'abord, elle se plaint que l'épisode malheureux se soit passé devant les enfants. Je la rejoins sur ce point. C'est fort regrettable, mais je ne pense pas que l'agent immobilier ait choisi le "moment". Il a craqué lorsqu'il "a croisé" le client dans la rue. Il ne semble pas que ce patron d'agence se soit levé le matin en ayant le projet prémédité de casser des cartilages faciaux, le tout,  devant des enfants.

L'épouse du supplicié oublie, de plus, que ce patron d'agence vient d'illustrer, de manière unique, les conséquences éventuelles de la malhonnêteté à ses enfants. Si, cette maman regarde les faits avec objectivité, elle devrait faire l'explication de texte suivante à sa progéniture: "Nous avons tenté de ne pas payer une agence que nous avons pourtant faite travailler. Ce n'était pas juste car, en tant qu'êtres humains, mêmes les agents immobiliers ont besoin de manger. Par conséquent, le monsieur de l'agence s'est énervé. Vous voyez, mes chéris, ce qu'il peut arriver quand on n'est pas honnête. Retenez cette leçon, pour, au contraire de vos parents, mener une vie droite et juste à l'avenir". Je ne suis pas sûre que cette maman, en apparence fort investie dans l'éducation de ses enfants, donne cette vision des choses à ses rejetons, ce qu'ils seraient tout à fait aptes à appréhender.


Ensuite, le journaliste place dans la bouche de la dame, une phrase exceptionnelle: "Et avec cet agent, manifestement, aucune discussion n'est possible".Traduction: le patron de l'agence ne veut pas négocier, il passe tout de suite aux mains. Il ne semble pas que cette dame ait tenté de discuter de quoi que ce soit,  AVANT de court-circuiter l'agence, ce qui aurait peut-être évité à son mari de prendre un coup de boule en plein nez.Il s'agit de sa part d'une superbe tentative d'inversion des responsabilités. Le lecteur en viendrait même presque à comprendre que l'absence d'ouverture de l'agent immobilier est la raison principale de l'évincement de l'agence. La cliente oublie de préciser la raison pour laquelle elle a choisi de passer par une autre agence. Généralement, ce type de comportement est induit par un montant bien moins élevé de commissions, proposé par l'agence arrivée en deuxième position.


En effet, pourquoi ne pas avoir hésité à conclure avec une deuxième agence, au risque de prendre un coup de boule en pleine face, alors que la première a fait tout le travail? Par simple panache? Par goût du défi? Que nenni, les clients d'agences sont souvent plus vénaux que courageux.


S'il y a eu évincement de la première agence, c'est certainement parce que le confrère, arrivé en deuxième position, a proposé une belle réduction pour appâter le chaland. En effet, les temps de publicités, visites, négociations, etc....avaient été assumés par la première agence. Les frais de fonctionnement engendrés par la vente avaient donc été amortis par une autre, ce qui rendait possible le bel "effort commercial" de la seconde agence. Ce fait divers illustre encore une fois que les agences sont de véritables loups pour les agences, mais cela est un autre point, fort regrettable, sur lequel il faudrait revenir dans un autre article tellement le sujet mérite un traitement à lui seul.

Revenons à notre affaire: le couple d'acquéreurs aurait très bien pu informer le premier agent immobilier du niveau de commission proposé par le second, et aurait certainement obtenu une réduction en tentant de "discuter". Mais non, il semblerait, à la lecture de l'article, que les acquéreurs aient préféré contractualiser sans l'agence qui avait réalisé la plus grande partie du travail...Il s'agit d'un position qui ne pouvait pas rester sans suite.


Même s'il est regrettable que le patron d'agence n'ait pas su résister à la violence, qu'il s'agit à tout prix d'éviter bien sûr, ce dossier aurait eu des conséquences juridiques avec demande de dommages et intérêts de la part du premier agent immobilier. Envisager une seule seconde échapper à des poursuites judiciaires est illusoire en pareil cas.


Je vous avoue que la découverte de cet article dans La Dépêche a trouvé écho en moi, comme ce sera certainement le cas chez beaucoup d'agents immobiliers, qui se reconnaîtront grandement à sa lecture. Je ne peux que m'identifier à ce responsable d'agence qui ne supporte plus les dérives du système. Il m'est, en effet, arrivé d'envisager en pensée un "tel pétage de plombs", mais par chance (ou infériorité physique, allez savoir...), je ne suis encore jamais passée à l'acte (pour l'instant... mais je n'ai pas 63 ans, tout peut donc encore arriver...).


Certains clients mériteraient en effet des baffes, des calottes, des gifles, des coups de pieds bien placés...Ce patron d'agence immobilière de Carcassonne a craqué. C'est bien triste mais il faut avouer, malgré tout, que certains s'ingénient à chercher les ennuis, puis s'étonnent de les trouver.

 



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Published by Ninon Ingrid - dans Les confrères
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7 septembre 2009 1 07 /09 /septembre /2009 14:51

Pour poursuivre dans le domaine des anecdotes illustratives du quotidien d’agent immobilier, voici une histoire véridique (je précise pour les suspicieux), arrivée la semaine dernière précisément, mais dont j’attendais la conclusion pour vous la raconter :

 

Une cliente me contacte Mardi afin que je l’accompagne dans sa recherche immobilière, concernant une spacieuse maison de campagne. Elle projette de rassembler, épisodiquement, pendant les nombreuses vacances scolaires, sa grande famille, éparpillée dans toute la France. Elle souhaite, de plus, faciliter la vie de chacun, en installant sa « tribu réunifiée » au centre d’une petite ville, afin que les commerces de proximité (pain, poste, boucher…) soient accessibles à pied.

 

Je lui propose une maison de 400m² (10 chambres) située, en cœur de village, à moins de 30 minutes de Toulouse. La description du bien, ainsi que le dossier complet (avec photos), envoyés par mail, semblent convenir à la cliente qui émet le souhait de visiter le plus rapidement possible. Le rendez-vous est donc immédiatement fixé avec les propriétaires 24 heures plus tard.

 

Mardi soir, vers 18h, je reçois un nouvel appel de cette même cliente qui, curieusement, explique vouloir annuler la visite prévue pour le lendemain, mais pourtant fixée sur sa demande le jour même. Je lui demande alors les raisons de ce revirement et elle me répond sur un ton sec, qu’elle est passablement agacée de ces agents immobiliers qui ne disent que ce qu’ils veulent bien, cachant au passage des défauts énormes, dans le seul but de réaliser une visite supplémentaire.

 

Ne comprenant pas bien l’objet de ses reproches, j’insiste pour connaître le fond de l’histoire. J’entends alors tout à coup la cliente me crier au téléphone :

-         Quand je pense que j’ai posé une journée de congés demain, exprès pour visiter cette maison que vous m’aviez présentée avec beaucoup de talent au téléphone, je suis très en colère.

-         Mais pour quelle raison ?

-         Je suis outrée que vous n’ayez pas eu la décence de m’avertir de la proximité de l’usine à papier, à 100 m de cette maison. Il paraît que l’air est irrespirable par moment et l’odeur intenable. Je ne parle même pas de l’emplacement en bordure de voie bruyante (il paraît que la maison tremble quand les nombreux poids lourds passent, qu’on ne peut pas s’entendre parler dans le jardin !). De plus, vous ne m’avez pas annoncé la mitoyenneté de cette maison. Bref, il n’est pas concevable que je visite ce bien, demain !

-         Mais ces informations sont fausses ! Pourquoi pas un incinérateur, doublé d’une zone inondable et d’un risque sismique, tant qu’on y est ! Mais d’où tenez-vous ces renseignements ?

-         D’où je les tiens ? Et bien, ma chère dame, d’un agent immobilier honnête, (lui !) qui a été mandaté, tout comme vous pour la vente de cette maison ! Il l’a faite visiter, en vain, deux fois cette semaine, et préfère maintenant annoncer clairement la couleur pour éviter de faire perdre du temps à tout le monde.

-         Ecoutez, si vous le voulez bien, je souhaite vous préciser que les informations communiquées sont déformées, exagérées, je pense dans le but de vous éloigner de cette maison !

-         Ah oui ? Quel intérêt aurait votre confrère à faire cela ?

-         Je ne sais pas. Peut-être qu’une de ces deux visites s’est bien déroulée, il attend une offre d’achat et souhaite éviter la concurrence.

-         Alors, selon vous,  il n’y aurait pas une usine de papier à proximité ?

-         Si, à 10 kilomètres exactement. Mais aucune nuisance, liée à cette activité, ne grève la maison.

-         Et la route ?

-         La route n’est absolument pas bruyante. C’est une route de village qui bénéficie depuis deux ans d’une déviation vers l’autoroute. Ainsi, camions et  voitures n’empruntent quasiment plus ce trajet, préférant gagner du temps en prenant la nouvelle bretelle. Seuls les habitants du village circulent sur la voie en question. Et vous savez, il sera difficile d’avoir des commerces à pied et aucune circulation !

-         Et la mitoyenneté ?

-         C’est le seul point véridique et je plaide coupable pour cette absence de précision lors de notre précédente conversation téléphonique : une mitoyenneté existe bien, mais elle se situe sur un côté de la grange, qui effectivement est mitoyenne de la dépendance des voisins. En revanche, la maison principale est indépendante. Les photos que je vous ai envoyées montrent clairement ces deux aspects ! Je pensais que vous vous étiez aperçue de ce point car le dossier envoyé par mail le mentionne et cela est assez fréquent en village !

-         Bon. Qui croire alors ?

-         Ecoutez, je ne vous mentirais pas alors que vous semblez déjà énervée et que si vous le voulez toujours, je vous propose de vous rencontrer en face à face demain, sur place ! Vous constaterez par vous-même.

-         D’accord, j’espère que vous êtes franche avec moi. Je maintiens donc mon jour de congés et viendrai demain à l’heure convenue.

-         Très bien. Une dernière chose : pouvez-vous me dire le nom de l’agence qui a essayé de vous détourner de la maison ?

-         Non, je ne préfère pas. Je ne veux pas faire d’histoires, vous comprenez…

 

Le lendemain, la visite se déroule parfaitement. La cliente, charmée par les lieux, s’attarde dans la maison et ses dépendances. Elle constate par elle-même que l’emplacement est en village mais non bruyant. Au bout d’une heure trente de visite, elle revient saluer les propriétaires et leur confie, avant de quitter les lieux, son grand intérêt pour cette maison. Elle précise également qu’elle souhaite budgéter certains travaux nécessaires et que sa décision de donner suite ou non à cette affaire dépendra des devis qu’elle obtiendra.

 

Je profite alors du moment, où toutes les parties sont en présence, pour relancer la conversation sur l’agence concurrente et la désinformation effectuée par elle. Sans se faire prier, la cliente explique alors au propriétaire pourquoi elle a hésité à venir et délivre sans aucun problème le nom de l’agence diffamante. Lorsque les propriétaires entendent que « la maison vibre lorsque les camions passent », que « l’odeur est (soi-disant) pestilentielle » à cause de l’usine, que les voisins peuvent passer le sel, sans quitter leur cuisine, tellement ils sont mitoyens, ils n’en reviennent tout simplement pas. La propriétaire s’étonne même : « la dame qui dit tant de mal de notre maison est pourtant si charmante ! Elle a amené deux clients la semaine dernière et elle nous a dit que la maison a beaucoup plu à un des deux couples ! C’est incompréhensible ! ».

 

J’explique alors que les agences se livrent actuellement une guerre sans merci, que la priorité est de vendre par elles-mêmes les biens, quitter à dénigrer les maisons, auprès des clients qui ne sont pas passés par elles en premier, et ce, pour éviter qu’une autre agence leur souffle une affaire.

 

Je conseille alors aux propriétaires de mettre fin au mandat de vente en cours avec cette agence, afin de marquer le coup et que la diffamation ne reste pas impunie. Je pense de plus qu’il est dans leur intérêt de réduire le nombre d’agences et de ne conserver que les sérieuses, dont j’estime faire partie.

 

Les propriétaires, qui, pourtant, devraient être excédés par le comportement de mon confère, semblent dubitatifs à cette idée. Comme l’agence a déjà amené deux clients (dont un est déclaré « intéressé »), ils n’ont pas trop envie de cesser le mandat. Et puis, la vendeuse rajoute : « Quand on voit ce qu’ils disent lorsqu’ils ont un mandat de vente valide, je n’ose pas imaginer ce qu’ils diraient si on leur enlevait ! ».

 

Des propriétaires piégés, avez-vous dit ? Coupables de complaisance ou trop effrayés de ne pas vendre ? Quoiqu’il en soit, cette agence, malgré ces propos et son absence de déontologie, conservera son mandat de vente, j’en ai la certitude. Comment voulez-vous, avec cette absence de réaction des propriétaires,  que les « mauvaises agences » pâtissent de leur comportement malhonnête ? L’immobilier est décidément l’un des rares secteurs où « la qualité », la droiture, la rigueur, ne sont pas des facteurs clef de succès !  

 

Autre morale de cette histoire : souvent les vendeurs pensent que multiplier le nombre d’agences est profitable, qu’une « saine émulation » naîtra de cette compétition et que les délais de vente ne peuvent qu’en être raccourcis. Ils craignent qu’en prenant une seule agence (en exclusivité), cette dernière s’endorme sur ses lauriers.

 

En réalité, le résultat est souvent à l’inverse de l’effet escompté. Les agences se tirent dans les pattes, insinuant le doute sur certains biens, dans le but de « casser » les ventes des confrères. Les biens sont présentés sur les mêmes supports publicitaires, à plusieurs reprises, et ce, à des prix différents, avec des photos plus ou moins valorisantes. La maison semble stagner sur le marché, comme un bien qu’il est difficile de vendre, en raison de ses supposés vices cachés.

 

Finalement, aucune des agences mandatées ne s’occupe réellement de la vente, ne se sentant pas « investies », et surtout hésitant à réaliser la publicité nécessaire ! En effet, les euros dépensés pour promouvoir le bien peuvent tout à fait l’être à perte car à tout moment, un confrère ou le propriétaire lui-même peut vendre au nez et à la barbe de l’agence téméraire qui aura décidé de mettre le paquet en publicité, le tout à ses frais !

 

De plus, l’acquéreur se rendra automatiquement à l’agence qui affiche le prix le moins cher (pas nécessairement vers la meilleure), ce qui suppose que la nouvelle référence de prix, en matière de négociation, sera celui qui est le moins élevé, diminuant d’autant les marges de négociation pour toutes les agences mandatées, ainsi que pour le vendeur.

 

Bref, loin d’être une solution idéale, la multiplication d’agences constituent souvent un frein à une vente. Il est, à mon sens, conseillé de choisir un seul « bon » partenaire immobilier, impliqué dans une affaire, d’autant plus que le mandat confié sera limité dans le temps : si, sous trois mois, la vente n’est pas faite, le propriétaire change d’agence ! La motivation existe alors pour l’agence de faire son maximum pour vendre dans le délai imparti.

 

Bref, pour mieux vendre en ces temps de crise, il est primordial de, bien entendu, réfléchir au prix d’affichage, mais aussi, et surtout, à la stratégie de commercialisation !    

  
 

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27 juillet 2009 1 27 /07 /juillet /2009 00:08

En début de semaine dernière, j'ai posté un mailing à plus de 200 propriétaires, ayant confié la vente de leur bien à mon agence. J'expliquais dans ce courrier informatif l'état du marché immobilier local actuel, et insistais sur l'affaiblissement du prix moyen constaté sur mes dernières ventes (-10% par rapport à Novembre 2008). J'exprimais également, dans cette lettre ouverte, mon inquiétude quant à l'avenir proche, et ma « crainte », fondée sur des données économiques sérieuses, de voir les prix poursuivre leur dégringolade, pour parvenir à une chute globale de -35% d'ici 2011.

Je concluais le courrier de manière transparente : soit les propriétaires, destinataires de ma missive, étaient réellement « vendeurs », et dans ce cas, ils n'avaient pas d'autre choix que celui de s'adapter rapidement aux nouvelles donnes du marché (baisse de leurs prétentions de 10 à 15%) pour parvenir à une vente, soit ces derniers disposaient d'une solution alternative à la vente (mise en location par exemple) et devaient, dans ce cas, arrêter les mandats. Il me semble, en effet, tout à fait préjudiciable pour les agences, de maintenir les illusions des vendeurs, en leur faisant croire qu'il est encore possible de vendre à un prix supérieur à celui du marché.

De plus, le courrier évoquait une « sanction » rapide, à venir, en cas d'immobilisme : à mon avis, le vendeur qui tarde à baisser son prix en 2009 devra certainement consentir une remise bien plus importante en 2010. N'est-il pas dans son intérêt de baisser dès à présent de 10% pour vendre vite, que de perdre 20% l'année prochaine ?

En procédant de la sorte, j'espérais que certains interlocuteurs réfléchissent enfin, face à ce discours honnête qui leur était destiné. A ce jour, suite au courrier, seul 5 propriétaires (sur 200 !) m'ont contactée pour baisser de 10% le prix affiché. Je garde espoir que d'autres suivent dans les semaines à venir, même si une lettre de vendredi, reçue en réaction, de la part d'un vendeur me fait sérieusement douter de l'efficacité de ma démarche « pédagogique ».

En réponse à mon courrier, ce propriétaire m'explique, par écrit, que mon point de vue est subjectif, et surtout, isolé, car non partagé par mes collègues. Pour preuve, il me fournit gentiment la copie d'un article de presse s'appuyant sur les déclarations particulièrement « optimistes » d'un confrère que je connais bien, car il s'agit de mon concurrent « historique » !

J'ai dû m'y reprendre à trois fois pour réaliser que l'article, que je me suis empressée de lire, avait bien été écrit par un journaliste professionnel travaillant dans un grand quotidien national, réputé sérieux. Sur une page publiée courant Juillet, l'agence concurrente de la mienne est interviewée sur l'état du marché immobilier, en région Toulousaine, et plus particulièrement sur mon secteur géographique de prédilection.

Les réponses de mon concurrent aux questions du journaliste (élu « Monsieur le spécialiste Immobilier » du journal par sa hiérarchie) m'atterrent encore, lorsque, la tête froide, je les parcours à nouveau pour la quatrième fois. Le lecteur « moyen» peut ainsi découvrir que, d'après mon éminent confrère (qui se présente comme le directeur de plusieurs agences immobilières) la région Toulousaine semble épargnée par la crise, bénéficiant de la proximité de l'aéroport de Blagnac. Il s'agirait d'un « îlot » protégé par le dynamisme de l'agglomération Toulousaine. La population croissante de la ville et de ses environs expliquerait que mon agence (et celles de mon confrère !) soient placées dans le seul village gaulois qui résiste encore et toujours à la crise !

L'agent immobilier interrogé affirme également que les vendeurs maintiennent leur présence sur le marché. Malgré la crise, ces derniers semblent déterminés à vendre sans baisser leur prix (seul point que je confirme, en ce qui concerne leur entêtement). Face à cette position d'immobilisme des vendeurs, les acheteurs seraient « encore là » et accepteraient de réaliser de fréquentes offres d'achat. Mon confrère affirme, de plus, que LA reprise est constatée depuis quelques semaines. Pour preuve, une de ses agences (en face de la mienne) aurait effectué 12 ventes en 5 semaines, dont 10 au dessus de 450 000 euros. Sachant qu'une agence « moyenne » réalise généralement 12 à 15 ventes sur une année, mon confrère semble donc faire des « étincelles », en cette période de crise. Les quelques notaires de la zone concernée, pourtant interrogés, en réaction, par mes soins, déclarent ne pas avoir travaillé avec l'agence en question depuis longtemps.

Certains biens détenus dans son portefeuille sont cités (description et prix). Il m'a donc été facile d'identifier les « produits » concernés, car mon agence détient également un mandat de vente pour la plupart d'entre eux. L'article mentionne alors les nombreuses visites réalisées récemment par mon « collègue » sur les maisons énumérées et détaille le profil des acquéreurs potentiels. Une maisonnette apparaît ainsi avoir reçu, par son intermédiaire, pas moins de 5 visites au courant du mois dernier, alors que les propriétaires du bien en question continuent de m'appeler tous les deux jours, agacés de ne pas être visités, et ce, d'après leurs dires, par aucune des agences mandatées, depuis plusieurs mois.

Mon concurrent déclare également avoir vendu une maison précise pour une somme astronomique alors que cette dernière est toujours disponible. J'ai appelé le propriétaire hier pour m'en assurer. Non seulement sa propriété reste désespérément dans l'attente d'un acheteur, mais elle n'a pas été visitée depuis des mois, par qui que ce soit !

Cet article est donc un tissu de mensonges. Le journaliste s'appuie sur les seules déclarations de mon confrère pour conclure « Acheteurs, dépêchez-vous : les biens cités dans l'article ne resteront pas longtemps à la vente ».

Ma première question concerne le travail journalistique : un professionnel de presse, digne de ce nom, n'a-t-il pas pour obligation de vérifier ses sources ? Il est pourtant aisé de consulter le nombre de compromis de vente réalisés, soit disant en 5 semaines par une agence, et de recenser les bons de visites (souvent conservés à l'agence dans un simple classeur) pour s'assurer que les chiffres annoncés correspondent à la réalité. Si aucune déclaration n'est authentifiée, alors il me semble nécessaire d'indiquer la mention « Publi-reportage » afin que le lecteur sache à quoi s'en tenir...

Donc, si j'en crois l'article de presse, l'agence en face de la mienne présente, en pleine crise, des ventes « records », supérieures à celles qu'elle n'a jamais réussi à réaliser auparavant, même en période faste ? Mon secteur de chalandise semble « protégé » de la crise par  je ne sais quels dieux du commerce ?  Que les vendeurs locaux ont dû être heureux d'apprendre cela. L'article a certainement fait le tour de la localité. Peut-être que certains vendeurs l'ont encadré au dessus de leur bureau ?

Si par un coup du destin, ces derniers lisent l'article de presse, au même moment que mon courrier, (« si déprimant » au demeurant pour tout propriétaire désireux de vendre en 2009), pensez-vous qu'ils  préfèreront poursuivre leur collaboration avec mon agence ou celle avec  mon concurrent, tellement « successfull » ?

Il est souvent reproché aux agences de ne pas dire la vérité. Mais quand certaines tentent de la dire, il se trouve toujours un concurrent pour affirmer le contraire, ce qui semble immédiatement plus séduisant ! Personne n'aime les porteurs de mauvaises nouvelles, soupçonnés d'agiter le spectre de la crise pour masquer leur éventuelle incompétence.

Certes, pour me consoler, certains d'entre vous me répondront que le confrère, interrogé dans l'article de presse, se tire lui-même une balle dans le pied. En effet, il pratique la méthode COUE (le marché va bien, tout va bien) pour attirer des vendeurs, qui, malheureusement confortés par les récentes déclarations de l'agence, maintiendront leur prix (puisque tout va bien, ils auraient tort de se priver). Les ventes ne seront donc pas évidentes à faire par la suite, pour cette agence...Détrompez-vous sur ce point car les mêmes commerciaux qui affirment dans l'article que le marché reste dynamique, n'hésiteront pas à faire pression (après la signature du mandat, bien sûr!) sur les nouveaux vendeurs afin que leur prix soit revu à la baisse très rapidement.

La problématique est que de telles déclarations publiques nuisent finalement à toutes les agences du secteur, et non aux seuls clients du professionnel à l'origine de l'article !

A présent, vous l'aurez compris, mon courrier informatif tombe à l'eau. Il est malheureusement dans la nature humaine de ne retenir que ce qui l'arrange.

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Published by Ninon Ingrid - dans Les confrères
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17 mai 2009 7 17 /05 /mai /2009 16:25

Il y a trois semaines, la propriétaire d'une jolie et grande maison de ville restaurée nous confie la vente de son bien sans exclusivité, pour lequel nous réalisons des publicités, conformes aux indications du mandat (soit au prix de 320 000 euros Frais d'Agence Inclus, dont 16 000 euros de commission (5%)). Le rapport qualité/prix étant attractif, nous n'avons pas manqué de recevoir des appels immédiats d'acquéreurs en recherche, dans le but d'organiser des visites.

Malheureusement, les trois visites effectuées par mon agence n'ont pas abouti. Loin de décevoir par sa restauration, la maison pâtit tout de même de 2 inconvénients : elle ne propose pas de garage et dispose d'un petit jardin. Pour mes acquéreurs en recherche, l'un ou l'autre de ces points ont finalement été rédhibitoires. Après ces trois visites rapprochées dans le temps, alors que les appels concernant cette maison étaient jusqu'ici fréquents, le téléphone cesse brutalement de « sonner ».

Je finis par comprendre les raisons de ce subi désintêret de la clientèle pour mes annonces, lorsque j'apprends par un nouveau contact que la même maison est proposée 16 000 euros moins chère dans une agence concurrente. Tiens, est-ce une agence philanthrope qui travaille pour zéro euro de commission ? Autre possibilité : l'agence affiche la maison au prix « Net vendeur », ce qui est pourtant interdit par la loi... Ce type de « découverte » ne me surprend plus, car il existe une troisième hypothèse : il n'est pas rare de signer un mandat de vente avec un propriétaire, très à cheval sur son prix, qui finalement cède et concède une « remise » lors de la venue de l'agence suivante. En effet, très injustement, la première agence qui « passe » essuie généralement les plâtres, mais prépare le terrain et la négociation de la deuxième. Je prends tout de même le soin de vérifier sur internet les dires de l'acquéreur en recherche, qui, en l'occurrence, ne s'est pas trompé : l'agence ImmoPire, que je ne connais pas, affiche bien la maison 16 000 euros moins cher que toutes les autres agences (dont la mienne), alors que son barème de commission, consulté sur son site web, semble plus élevé que la moyenne. A côté du prix (304 000 euros), le sigle FAI indique que la commission est incluse. La propriétaire semble donc avoir modifié son prix « net vendeur » sur le mandat confié à cette nouvelle agence. Je ne peux imaginer d'autre solution, ayant peu longtemps retenu l'hypothèse de l'agence « gratuite ».

Je décide donc de joindre la vendeuse par téléphone, afin de demander que toutes les agences soient placées au même niveau de prix, afin de ne pas favoriser l'une d'entre elles au détriment des autres.

  • - Bonjour, Mme Dupont. Ninon, au téléphone.
  • - Bonjour, Ninon. Comment allez-vous?
  • - Cela va bien, Mme Dupont, je vous remercie. Et vous?
  • - Et bien, écoutez, Ninon, je vais très bien. Je crois que je viens tout juste de vendre ma maison. J'allais vous appeler pour vous prévenir...
  • - Pardon? Mais nous venons juste de débuter la vente, cela est allé vite pour la période que nous vivons actuellement...Comment avez-vous vendu?
  • - Et bien, figurez-vous qu'il ne s'agit pas d'une agence à qui j'avais confié un mandat, pourtant elles étaient assez nombreuses... Lundi dernier, un commercial d'une nouvelle agence m'appelle pour savoir s'il pouvait m'amener un client. Il me propose de venir visiter mais de ne signer un mandat de vente que si le client est intéressé. Pour ma part, sa proposition me convenait bien. Je n'avais pas envie de signer d'emblée un mandat supplémentaire, j'ai déjà trop d'agences qui s'occupent officiellement de la vente de ma maison.
  • - Vous savez que la Loi Hoguet interdit aux agences de travailler sans mandat de vente préalable à toute visite?
  • - Ah non, je ne le savais pas...
  • - Et comment s'appelle l'agence?
  • - C'est l'agence ImmoPire
  • - Ah oui, et bien, je viens de découvrir sur internet la publicité de cette agence pour votre maison! De plus, elle affiche votre propriété au prix net vendeur, soit 16000 euros de moins que les autres agences. Et le tout, sans mandat de vente
  • - Ah? Effectivement, j'ai été obligée, pour vendre, de régulariser administrativement la situation en signant ce matin un mandat de vente, certes antidaté de quelques jours, mais bon, comme cela, le pauvre commercial est en conformité avec la loi. Je vous raconte comment cela s'est passé: après m'avoir appelée, le commercial en question a un peu tardé à venir, j'ai même cru que le client annoncé n'existait pas vraiment. Puis finalement, il est venu avec. La maison a plu, j'ai reçu une offre dans l'heure et je l'ai acceptée avec une remise de 16000 euros par rapport à mes prétentions d'origine...
  • - Mme Dupont. Vous avez eu de la chance qu'ImmoPire n'ait pas diffusé la publicité avec un prix encore plus bas!
  • - Je n'aurai pas accepté l'offre, Ninon, dans ce cas. J'avais bien averti le commercial par téléphone que ma marge de négociation était au maximum de 16000 euros...
  • - Ah Mme Dupont... Sans vous en rendre compte, vous avez fourni à ce négociateur toutes les informations dont il avait besoin pour placer son prix sur sa publicité! Je pense que l'agence n'avait pas de client lorsqu'elle vous a appelée. Elle a compris que vous accepteriez qu'elle travaille les visites sans mandat préalable, donc elle a placé une publicité moins chère pour attirer les acquéreurs vers elle, au détriment des autres. D'ailleurs, depuis quelques jours, mes annonces ne donnaient plus de résultat. Cette agence travaille sans respecter la loi.
  • - Ah, oui. C'est embêtant. Ecoutez, pour moi, le principal, c'est qu'elle m'ait trouvé un acquéreur. Comme vous le savez, j'étais pressée de vendre. Et pour moi, le timing de cette vente est idéal: en signant le compromis cette semaine, je vais pouvoir scolariser mon fils dans sa nouvelle école en Septembre.
  • - Bien. Je vous souhaite donc bonne continuation et reste à votre disposition si vous rencontrez un souci sur la vente en cours. Nous réactiverons les annonces dans ce cas.
  • - Ah, ne parlez pas de malheur. Je n'espère pas avoir un problème...
  • - Non, je ne vous le souhaite pas. J'espère également que tout ira bien pour vous. A bientôt, Mme Dupont.
  • - A bientôt.

Comment prouver que l'agence ImmoPire a travaillé sans mandat alors que le commercial a obtenu de la propriétaire un mandat antidaté signé et présentant la maison au prix de l'offre (avec les 16000 euros de moins, ce qui rend la publicité sur le Web conforme au mandat) ? Comment s'arrange cette agence avec son registre des mandats (qui impose de numéroter les mandats par ordre chronologique) ? Est-ce qu'elle est parvenue à numéroter son mandat de vente avec le numéro correspondant à la (fausse) date de signature ? Je parie qu'en cas de contrôles, les irrégularités n'apparaitront pas car il existe plusieurs astuces pour s'arranger avec le registre lorsqu'on souhaite contourner la loi Hoguet.  

Cette affaire, vendue par un confrère irrespectueux des règles, est la deuxième (dont j'ai eu connaissance) à m'échapper, dans de telles conditions de concurrence déloyale, et ce, depuis Janvier 2009. Les agents immobiliers respectant la loi survivront-ils ?

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6 avril 2009 1 06 /04 /avril /2009 15:36
Bien entendu, je ne peux affirmer que les méthodes que je m'apprête à décrire ci-dessous sont pratiquées par toutes les franchises nationales immobilières. Mais certaines d'entre elles semblent y avoir régulièrement recours. Peut-être est-ce aussi le fait d'initiatives personnelles malheureuses de certains gérants de franchise, encouragés toutefois par les recommandations et formations de la maison mère...

1. La prospection à outrance ou comment harceler le "vendeur potentiel"
Toute bonne franchise qui se respecte va, bien entendu, distribuer des tracts publicitaires régulièrement (1 fois par mois au minimum). Ces documents peuvent prendre plusieurs formes: simple présentation de l'agence ou liste des dernières ventes type "Nous avons déjà vendu dans votre rue à tel numéro... Notre prochaine vente sera peut-être votre maison!?". Généralement, les résultats de ces actions ne sont pas suffisants, alors la méthode du bon vieux porte à porte fait un come-back époustouflant, surtout en période de crise. Certains agents n'hésitent pas à pénétrer à l'intérieur d'un terrain clôturé, avec leur grosse voiture, pour être le plus près possible de la porte d'entrée (pour pouvoir repartir en courant?). Chers propriétaires, un conseil: fermez vos portails! Si vous avez le malheur d'être chez vous, alors vous aurez droit à la batterie de questions classiques:
- Nous avons un client qui cherche exactement une maison comme la vôtre. Est-ce que vous vendez par hasard?
- Ah, vous ne vendez pas immédiatement. Mais dans quelques mois, vous n'avez pas le projet de vendre?
- Ah...Vous voulez mourir dans votre maison...Bien, bien. Mais vos voisins, par hasard, ils ne vendraient pas, eux?
- Non plus?! mince. Dites, vous avez quand même beaucoup de terrain...Vous pourriez le découper et vendre une parcelle constructible, cela vous ferait un apport conséquent...
- etc...jusqu'à ce que vous le mettiez à la porte.
Malheureusement pour ma voisine, le scenario s'est répété 4 fois sur les 6 derniers mois. N'en pouvant plus, elle a décidé de téléphoner au patron de l'agence locale franchisée pour demander à ce que les visites cessent. Assistante maternelle agrée, les coups de sonnette en pleine après-midi empêchaient les enfants de faire la sieste.
Une autre astuce consiste à distribuer un objet publicitaire comme un stylo ou un jeton de caddy. En Décembre, le calendrier aimanté reste un Must! Le propriétaire l'aura toute l'année sous les yeux, avec le numéro de téléphone de l'agence, à chaque fois qu'il ouvrira son frigo. On ne sait jamais, s'il se décide à vendre dans les 12 mois...Autre avantage indéniable de la méthode : la distribution d'objets gratuits permet tout de même de poser les questions habituelles, tout en recevant un meilleur accueil qu'en arrivant les mains vides.
Les Franchisés sont parfois plus collants que les témoins de Jéhovah et les commerciaux France Loisirs réunis!

2. Vendre de l'exclusivité sans en avoir l'air
Une bonne méthode des franchises immobilières consistent à travestir le mandat de vente Exclusif en "contrat VIP". Peu importe le nom commercial choisi pour le fameux contrat, le plus important est de ne jamais prononcer le mot "Exclusivité" (et cela nécessite un bon entrainement, croyez-moi!).

Cas n°1 : Parfois, le commercial de la franchise parvient à vendre son fameux "contrat VIP" (appelons-le comme ça) à la première visite. D'après ce dernier, les avantages du contrat sont nombreux, mais, s'il ne faut en retenir qu'un, c'est celui-là : la franchise immobilière X étant nationale, et bien, si vous confiez la vente de votre maison à son agence, vous la confiez en fait à plus de 500 (chiffre au hasard) agences (de la même franchise, bien sûr)... Alors pas besoin d'aller voir ailleurs. En une signature, vous signez en fait avec 500 agences.  Ce que le commercial ne dit pas, c'est que les agences ont elles une exclusivité de territoire. Nous pouvons en déduire sur les 499 autres agences ne sont absolument par sur le secteur de votre maison. Comment une agence de Metz, par exemple, va-t-elle vendre votre maison de Toulouse? Cela peut arriver sur un client muté de Metz vers Toulouse mais avouez que la probabilité reste faible.

Cas n°2: Le commercial a échoué et le propriétaire n'a pas signé le fameux contrat VIP mais un mandat de vente simple avec l'agence franchisée. Et bien, cette dernière ne s'avoue pas vaincue. La partie est simplement remise. Au bout de 2 mois et demi ( car un mandat ne peut se résilier qu'au bout d'une période irrévocable de 3 mois contractuellement), son logiciel de transaction permettra au commercial (grâce à une alerte automatique) de ne pas oublier ce propriétaire qui n'a toujours pas vendu. Ce dernier sera contacté par téléphone et on lui demandera de venir à l'agence "pour faire un point sur son dossier vente". Le commercial insiste alors pour qu'il apporte tous les exemplaires de mandat signés chez les concurrents. Et une deuxième chance se représente pour lui .
- Cher monsieur, depuis 2 mois et demi, vous avez choisi 3 agence (dont la nôtre) pour vendre votre bien. les autres agences n'y sont arrivées (lui non plus, mais c'est pas grave) . Notre agence a la solution: si vous souscrivez au contrat VIP, nous lancerons alors une grande campagne publicitaire (réservée à nos meilleurs vendeurs) autour de votre maison. Aucun acheteur en recherche ne pourra passer à côté, bla bla bla...Et si vous donnez votre accord aujourd'hui, nous nous occupons, grâce aux mandats que vous avez apportés, de toutes les résiliations  des autres agences par lettre recommandée à votre place. Vous n'avez rien à faire. En revanche, il faudrait peut-être baisser votre prix de vente...
Et voilà des concurrents enterrés et un prix de vente revu à la baisse. Encore une fois, un oubli important a été effectué dans le discours du commercial: lorsque le client signe à l'agence, il ne bénéficie pas du délai de rétractation de 7 jours. Alors, rentré chez lui, il s'aperçoit alors que le contrat vip est un contrat exclusif. Trop tard, il a signé pour une période de 3 mois irrévocables.

C'est pas beau? C'est pourtant la réalité, même si je suis sûre que certains n'avoueraient pour rien au monde de telles méthodes. Le plus injuste réside dans la réussite de ces agences. En effet, elles fonctionnent. Le développement des réseaux de franchise le prouve. Les faits indiquent sans aucun doute que les agences franchisées souffrent moins de la crise que les autres grâce à l'application de ces statégies commerciales.  Certes, ces pratiques rapportent plutôt bien, mais minent tous les jours l'image des professionnels de l'immobilier. Clients et vendeurs s'agacent de tels procédés, mais pourtant, ne renoncent pas pour autant à faire appel à des franchises lors de leur prochain achat ou vente. Tant que la sanction ne sera pas financière...et que le client se laissera manipuler...les franchises auront de beaux jours devant elles. 
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5 avril 2009 7 05 /04 /avril /2009 15:18
Belle oie blanche, je reste persuadée que l'honnêteté ne peut que payer sur le long terme, même en tant qu'agent immobilier. Pourtant, les pratiques douteuses de certains de mes confrères ne leur nuisent pas toujours,car leur chiffre d'affaires souffre souvent moins que le mien. Encore dernièrement, j'ai eu l'occasion de pâtir de la concurrence clairement déloyale de l'un d'entre eux.

L'affaire, que je souhaite vous raconter aujourd'hui, concerne une maison des années 1930, entièrement restaurée dans un village. Ce bien nous pose des problèmes depuis plusieurs mois car, bien qu'étant ancien, il pâtit d'une restauration "moyenne gamme". Les éléments de caractère, recherchés par ma clientèle amoureuse de l'ancien, ont été enlevés (exterminés?). L'intérieur ressemble, à présent, à tout point de vue à un pavillon Bouygues: carrelages blancs premier prix, tapisseries criardes très colorées (jaune d'oeuf, orange, bleu pétrole...) avec frises murales du plus mauvais goût. L'extérieur n'est pas en reste: le ravalement de façade récent a été effectué dans une teinte de jaune "provençal" qui jure avec le reste du paysage, typiquement Sud-Ouest et constitué d'anciennes bâtisses en briques rouges "foraines". La maison propose, quand même, des avantages non-négligeables: fenêtres PVC neuves double-vitrages, garage avec porte automatique, chaufferie dernier-cri et surtout un très bon état, quasi-neuf, pour un acquéreur qui apprécierait la décoration. Un bon daltonien sera, sans aucun doute, séduit par l'absence de travaux et n'aura plus qu'à poser ses valises.

Les propriétaires, pressés de vendre et convaincus à tort que cette méthode accélèrerait la vente, ont confié leur maison à plus de sept agences locales, qui se livrent depuis plusieurs mois, entre elles, une guerre sans merci. Les clefs ont été confiées à l'une d'entre elles et cette dernière s'escrime à ne pas les mettre à la disposition des autres agences. Bref, réaliser une visite relève du miracle. C'est dans ce contexte qu'une institutrice célibataire me contacte. Elle vient de débuter ses recherches et a vu l'annonce de la maison. Elle souhaite visiter. Certes, les photos de l'intérieur ne lui plaisent pas mais elle est prête à refaire la décoration. La peinture ne lui fait pas peur. Je pense alors avoir trouvé la cliente idéale pour la maison. Et je ne me trompe pas: ma 1ère impression se confirme lors de la visite. La cliente adore. Seulement, elle souhaite prendre le temps de visiter une ou deux autres maisons pour s'assurer que c'est bien la première qui lui convient. En partant, elle promet de m'appeler sous 7 jours maximum.

Moins d'un semaine plus tard, fidèle à son engagement, ma clienteme contacte pour me dire que la maison lui plaît toujours. Mais elle est inquiète.  Pourquoi diable ne lui avais-je pas dit que la maison s'enfonçait dans le sol?? Je n'étais pas sûre d'avoir bien entendu. Mais comment avait-elle pu avoir une idée pareille? Le sol était ferme et je n'avais, pour ma part, aucune connaissance d'un vice caché de cette ampleur. Alors j'apprends, de la bouche même de la cliente, qu'elle a visité hier une autre maison avec mon confrère que nous allons appeler Monsieur Tricheur. Lorsque elle a évoqué son désir d'acheter la maison 'jaune" visitée avec moi (mais que M.Tricheur a aussi en portefeuille), mon confrère a alors expliqué, sur le ton de la confidence, les défauts préoccupants de la maison en question. Il confia aussi que, parce qu'il "avait honte" de vendre un produit si déplorable en terme de sécurité, il n'osait pas la proposer aux clients et qu'il avait même renoncé à l'afficher dans sa vitrine. 

Comment récupérer, derrière ce tissu de mensonges, la vente? En immobilier, la confiance est primordiale et mon confrère avait insinué le doute. Même la venue ultérieure d'un expert en bâtiment indépendant, confirmant la solidité de la contruction, ne réussit pas à rassurer mon institutrice. Elle m'expliqua, confuse, qu'elle renonçait à l'achat car elle ne voulait pas prendre de risques. Et une cliente de perdue...

Deux mois plus tard, un joli panneau "Vendu" du nom de Monsieur Tricheur trônait sur la maison jaune. Ainsi, mon confrère craignait tellement pour la sécurité des clients qu'il n'hésitait pas à la vendre quand même. Malheureusement, pour le propriétaire, cette agence a cassé ma vente alors que ma cliente disposait du budget demandé, et était prête à acheter sans négocier. En ce qui concerne l'offre acceptée, ce même agent a vendu 20 000 euros de moins  que la proposition orale que j'avais reçue le premier jour de la visite ( et 20 000 euros de perte sèche pour le propriétaire).

J'appris quelques semaines plus tard que Monsieur Tricheur était coutumier des faits. Lorsqu'un client passe en "deuxième main" dans son agence, il "casse" tout ce que le même client a visité auparavant, surtout si ce que ce dernier a vu ailleurs lui convient. Ainsi, cet agent immobilier malhonnête a même expliqué à un client guadeloupéen, assez superstitieux, que la maison visitée avec une autre agence était hantée ("Personne ne vous le dira, mais tous les propriétaires sont morts dans la maison"). Et le résultat est payant: l'agence récupére ainsi un client à nouveau en recherche, disponible pour de nouvelles propositions de biens, et une maison toujours potentiellement vendable.

Bref, une honte pour notre profession. Je comprends évidemment la mauvaise image des agents immobiliers qui découle de ces exemples véridiques. Mais ces comportements sont bien éloignés de mes habitudes. Pour ma part, j'estime que mon agence s'engage auprès des acquéreurs sur la qualité des biens proposés. Si j'ai un doute, je ne les prends pas en vente dans mon agence. Si j'accepte de m'occuper des biens que je sélectionne, alors il n'est pas sérieux de les dénigrer auprès d'un acquéreur, même si ce dernier a visité avec une autre agence. Question d'honnêteté intellectuelle, de fair-play. J'estime que je travaille en partenariat avec mes propriétaires-vendeurs qui me font vivre.  J'ai même pris l'habitude de leur téléphoner lorsque j'apprends que le bien est vendu par un un autre intermédiaire, et ce, simplement pour les féliciter d'avoir vendu. Ainsi, il est important de ne pas mettre tout le monde dans le même panier. Comme en toute profession, il faut savoir séparer le bon grain de l'ivraie et confier la vente de sa maison à un professionnel irréprochable.

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