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 visites  !!!

Mercredi 1 mai 3 01 /05 /Mai 17:18

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Me Revoici. 


Amis, fidèles lecteurs, rassurez-vous donc : je n’ai pas (encore) mis la clef sous la porte et je continue de vendre régulièrement. Cette « bonne » nouvelle peut ainsi contenter ceux qui se soucient de ma bonne santé financière (et mentale), mais peut aussi agacer les pourfendeurs d’agents immobiliers qui préfèreraient les voir, tous quels qu’ils sont, pendus, haut et court, en place de grève pour satisfaire leur insatiable esprit de vengeance.


(Bref, je suis toujours là mais dispose de bien peu de temps libre pour m’adonner à ce blog. J’en suis désolée et préférerais pouvoir vous écrire plus régulièrement.)


Pour revenir au domaine qui nous intéresse, il faut savoir qu’en ce moment, je ne vous apprends rien si je vous dis que les affaires sont particulièrement tendues et les prix en baisse (entre -5% et -7% en fonction des secteurs).


Pourtant, les vendeurs, dans leur grande majorité, vivent encore sur une planète différente de la mienne et de celle des acquéreurs.

Je pense que beaucoup de propriétaires n’ont pas encore atterri : leur goût du gain ne connait qu’une limite modérée (à l’image de leur mauvaise foi, souvent, d’ailleurs).


Même les médias, pourtant pessimistes, ne semblent pas avoir beaucoup de portée sur la cupidité des vendeurs. Seuls les articles évoquant une « petite baisse mais pas de chute » sont pris en compte. Les autres, plus alarmants, sont parcourus avec dédain, balayés d’un revers de main, et commentés de réflexions dignes du café du commerce (type « si on avait par le passé écouté les soi-disant experts, on serait tous morts », « l’immobilier va repartir », « l’immobilier ne peut pas baisser bien longtemps », et autres fadaises…).


Les agences immobilières, pourtant, toujours montrées du doigt, font dans la grande majorité, un grand travail d’aide à la prise de conscience. Les réseaux de franchise se mobilisent depuis des mois pour faire baisser les prétentions de leurs mandants, tout simplement parce que la survie financière de leurs adhérents en dépend. Les agences indépendantes tiennent également un discours très réaliste, d’autant plus motivés que certains d’entre elles vont (très) mal.


Pour illustrer mon propos, rien de tel qu’une mini-étude sur l’état de la concurrence : en 2006, mon secteur comptait 6 acteurs professionnels (dont mon agence). Depuis le début 2013, sur la même zone de chalandise, nous ne sommes plus que …2 (oui, DEUX !). Une agence a déménagé sur Toulouse, un gérant a pris sa retraite, un responsable d’agence est décédé dans de sombres circonstances, un autre concurrent a fait faillite. Bilan, sur mon petit secteur : 4 agences ont fermé, 7 commerciaux ont été remerciés et pointent aux Assédics depuis plusieurs mois.


Je souhaite porter à votre connaissance deux exemples, encore inédits depuis que je suis en activité dans le secteur immobilier, portant tous deux sur la problématique CENTRALE des prix de vente et donc, logiquement, des évaluations réalisées par des agences.


En effet, les vendeurs ne parvenant pas, ces temps-ci, à écouler leur marchandise facilement, il est de plus en plus fréquent que les agences soient sollicitées pour des évaluations (si nous acceptions systématiquement de nous déplacer, nous réaliserions gratuitement une bonne demi-douzaine d’estimations par jour !).

Malheureusement, le déplacement d’un professionnel (la consommation de son temps et de son essance) ne permet pas toujours de faire entendre raison. Ainsi, après une estimation réalisée sur le terrain par une des commerciales de l’agence, nous avons par exemple reçu le mail ci-dessous (teinté d’une franchise exceptionnelle, car il est rare de recevoir des explications quand les clients ne donnent pas suite après une évaluation) :

Madame,

Je vous remercie pour notre rendez-vous d’hier. Vous êtes restée longuement, vous m’avez conseillée. J’ai été très heureuse de la réalisation des plans et de la prise de mesure (ces informations me seront très utiles). Merci également pour vos explications en matière de diagnostics techniques. Notre rencontre m'a permis de comprendre les étapes de mises en vente, ainsi que les pièges à éviter.

 

Toutefois, j’ai décidé de ne pas faire appel à vos services du fait du montant des frais d'agence, qui s’élèvent à 5%.J’ai été très heureuse des conseils gratuits mais comme il faudrait vous payer, si vous vendez, cela me freine beaucoup. Vous comprenez, je préfère consacrer  l’équivalent de votre commission aux travaux encore à faire pour la maison

 

Malgré ce que vous m’avez conseillé,  le prix de 240 000 euros me parait réellement trop bas. Initialement, j'envisageais un prix de vente de 295 000 euros, possibilité de négocier au plus bas à 280 000. De toutes les façons, je ne descendrai pas en dessous de ce dernier montant.

 

Toutefois si la vente ne se fait pas sans intermédiaire, je me laisse la possibilité de travailler à l’avenir avec votre agence.

Cordialement,

 

A la lumière de ce mail, vous comprendrez aisément que la gratuité des évaluations (du fait de leur augmentation exponentielle) est rapidement problématique pour une agence, déjà malmenée par une chute du volume des ventes.


Par conséquent, il s'agit de s'orienter, pour toute agence, désireuse de passer ce mauvais cap de 2013,  vers un changement de stratégie en ce qui concerne le domaine des évaluations : ainsi, les futurs vendeurs de mon agence sont, depuis peu, avertis d’emblée : s’ils souhaitent un avis de valeur réalisé  de notre part, nous pouvons nous déplacer et les conseiller sérieusement. En revanche, si le bien n’est pas confié à notre agence dans un délai maximal de 4 mois, le temps et le service d’évaluation seront facturés.


L’annonce d’une facturation éventuelle calme immédiatement un demandeur sur deux ! (Deux fois moins d'évaluations, plus de temps pour conseiller les acquéreurs, gain de carburant, que demande le peuple?).

 Il est amusant de noter qu’il n’y a finalement pas, en réalité, facturation du service évaluation depuis le début d’année car les vendeurs, sérieux et motivés (malgré l’épée de Damoclès de la Facturation éventuelle au-dessus de leur tête), acceptant de nous faire venir, ont à 100% décidé de nous confier mandat de vente (dans ce cas, conformément à ce qui a été annoncé, l’évaluation est bien sûr offerte). Les autres, ceux qui souhaitaient utiliser les services de l'agence gratuitement, ont passé leur chemin dès le premier contact téléphonique!


La stratégie « facturation de l’évaluation si absence de mandat » remplit donc parfaitement son objectif (il ne s’agissait absolument pas de créer une nouvelle filière de chiffre d’affaires). Elle permet en réalité de sélectionner les vendeurs motivés, d’écarter les doux rêveurs, les aveuglés par la cupidité, et les vendeurs qui disposent de 5 ans devant eux pour trouver le fameux « con qui se lève le matin »,...


De plus, nous avons également revu les critères « qualitatifs » de déplacement d’un commercial en vue d’une évaluation.

  Il y a quelques années, lorsque la concurrence était farouche pour obtenir les mandats de vente, un négociateur partait, ventre à terre,  à peine le téléphone raccroché, pour évaluer gratuitement tout bien sur lequel il était sollicité et ce, pour arriver le premier et faire la pige à la concurrence.


Mais, depuis plusieurs mois, cela ne se passe plus comme cela : mon agence ne peut plus se permettre de passer du temps à évaluer gratuitement, 6 fois par jour, des biens pour les retrouver ensuite en vente sur Leboncoin, présentés à des prix complètement déconnectés de l’estimation donnée.


Ainsi, depuis plus d’un an, je demande à tout vendeur de s’expliquer PAR TELEPHONE sur son projet de vente (vente de contrainte ou de confort), puis de faire parvenir des photos et descriptif du bien susceptible d’être mis en vente. J’essaie de sonder également le degré de conscience ou de réalisme du propriétaire, et ce, avant de le rencontrer (alors qu’en période faste, cette découverte était réalisée après déplacement en « face à face »).


Pour illustrer mes propos d’un cas concret : il y a plusieurs jours, je suis contactée par un vendeur potentiel. Ce dernier insiste pour qu’un commercial de mon agence vienne rapidement évaluer son bien.


Ainsi, sur le cas qui nous occupe, le propriétaire m’explique être en possession d’un hameau (plusieurs petites maisons très proches les unes des autres), en pierres, présentant des états de conservation hétéroclites (une habitable, deux autres à restaurer). Je demande à connaitre l’adresse puis me rends sur Google Earth. L’emplacement de cette propriété est littéralement paumé, fin fond de la campagne, aucun commerce à moins de 12 kms (non proche des commodités comme annoncé malhonnêtement par mon interlocuteur au téléphone). De plus, les maisons sont très « serrées » entre elles (difficile de vendre séparément les habitations : pourquoi acheter un bien en rase campagne pour se retrouver avec une quasi-mitoyenneté ?). Le projet de vente m’apparait d’emblée compliqué. Mais en immobilier, tout se vend, cela dépend simplement du prix. Et là, surprise, le vendeur m’assène qu’il sera tout simplement hors de question de vendre en dessous de 800 000 euros !


Je ne me décourage pas : je passe plus de 25 minutes au téléphone à expliquer à ce vendeur que le prix demandé est complètement déconnecté des prix du marché actuel sur le secteur géographique concerné. Ce dernier m’écoute d’abord poliment mais n’en démord pas : il a besoin de cet argent pour acheter une maison au bord de la mer et la Côte d’Azur n’est pas réputée pour ses prix modérés ! (Note de moi-même pour mes lecteurs : En ce qui me concerne, j’ai repéré un petit appart sympa avenue Montaigne, donc, je pense que je vais tripler mon niveau de commission, il faut bien que je me loge (sic !)).


Face à tant d’obstination, je refuse donc de me rendre au rendez-vous. J’apprends alors de la bouche de mon interlocuteur que je suis la 7ème agence contactée et la 7ème à lui opposer la même fin de non-recevoir !

Là réside la véritable nouveauté : il y a encore quelques mois, mon agence refusait des mandats pour des raisons similaires, mais il se trouvait toujours un imbécile de confrère pour faire les poubelles et récupérer le vendeur éconduit en acceptant des mandats de vente à des prix éhontés. Il semblerait donc que le vent tourne si toute la profession réagit enfin comme un seul homme ! Un peu de solidarité dans ce monde de brutes est enfin bienvenue.

 

Finalement, assez énervé, mon vendeur finit par hurler au téléphone qu’il s’agit d’un véritable scandale, aucune agence ne veut plus se déplacer, certainement en raison de l’obésité financière de ces dernières,  héritée des années fastes qui les rend à présent bien feignantes car trop engraissées !


Pas une seconde, il n’est venu à l’esprit de ce vendeur que le refus d’autant d’interlocuteurs professionnels, face à l’inadéquation du bien au regard du prix exigé, aurait pu constituer une piste de réflexion intéressante à creuser pour lui. Est-il possible que 7 agences, rémunérées uniquement sur les ventes, refusent de prendre en charge le dossier de vente tout simplement parce qu’elles se sont gavées jusqu’à la lie depuis des années ? N’est-ce pas plutôt qu’elles estiment invraisemblable le prix demandé et que tout travail sur le dossier serait une perte de temps et d’argent sèche assurée ?


Mon interlocuteur, ne doutant de rien, m’a asséné que je trouverai bientôt son annonce sur Leboncoin à un prix supérieur aux 800 000 euros et que la vente se fera sans moi de toutes les manières. Effectivement, seulement 24 heures se sont écoulées avant que je ne constate la publication sur le site de petites annonces (amis amateurs du boncoin, bonsoir, il suffit de guetter, à présent, les « bonnes » affaires refusées par les agences)…Grand bien fasse à ce propriétaire. Seul le temps pourra le ramener à la raison. Espérons qu’aucun nouveau confrère n’aura la faiblesse, à l’avenir, d’accepter cette propriété au prix demandé…


EN REALITE, il existe deux catégories de vendeurs: ceux qui veulent réellement vendre et s'en donnent les moyens, et ceux qui VEULENT vendre à la condition de GAGNER AU LOTO à cette occasion. Le job de l'agent immobilier est de faire RAPIDEMENT la distinction entre les deux.


Agences, face à la crise, il s’agit donc de changer notre stratégie et certaines méthodes. A ce prix seulement, il est possible de vendre régulièrement.

Une bonne réforme de la Loi Hoguet est à présent plus que nécessaire pour faire cesser les pratiques de gratuité (sauf en cas de vente) des services rendus. Une tarification à l’unité de certaines prestations serait plus juste envers les clients, permettraient aux agences de valoriser leur savoir-faire, d'assoir le conseil et de déconnecter l'avis de valeur de la prise obligatoire du mandat.


En ces temps troubles, seul un prix de vente ajusté parfaitement à l'état du bien et du marché déclenche enfin visites et offre d'achat salvatrice: la question de l'estimation du bien, et de l'acceptation des vendeurs de cette réalité, est donc ESSENTIELLE pour continuer à vendre en 2013.

A BONS ENTENDEURS, SALUT !

 

Par Ninon Ingrid - Publié dans : Divers sujets de réflexion - Communauté : Immobilier et économie
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Dimanche 10 février 7 10 /02 /Fév 15:10

marché bloqué

 

Disons-le clairement : le marché est totalement bloqué (et ce, même si vous lisez le contraire ailleurs)!


L’année 2013 commence mal pour les professionnels de l’immobilier. L’état du marché est très mauvais, du moins en zone rurale. Celui qui vous dira le contraire, soit, se ment à lui-même, soit, mérite une médaille dorée à l’or fin, pour le récompenser de son art extrême à manier la langue de bois (et quelques claques bien assénées, lors de la remise de sa récompense).


Pour la première fois, depuis que je vis un rêve éveillé dans le doux domaine de l’immobilier, je n’ai pas vendu sur un mois complet. Vous avez bien lu : 31 Jours sans aucune vente. Rien. Nada. Pourtant, promis, en Janvier, je n’étais pas occupée à dévaler des pistes de ski, ni à siroter des cocktails aux bars des sommets (pour ceux qui en douteraient, venez constater mon absence de bronzage). Non, j’ai travaillé comme d’habitude, plus de 50 heures/semaine.


J’ai donc classiquement assumé gracieusement plusieurs visites journalières de biens immobiliers avec des acquéreurs tous plus ou moins désinvoltes, parfois franchement insupportables. J’ai réalisé une bonne douzaine d’évaluations, j’ai répondu à plusieurs dizaines de demandes de renseignements par téléphone, j’ai envoyé par mail, suite à la demande de multiples internautes, dévorés par une curiosité insatiable,  un nombre incalculable de « nombre de cheminées », « surfaces de chambre », et autres « montants de taxe foncière ». Bref, j’ai travaillé gratuitement ce mois-ci pour une bonne centaine de « clients » (je ne devrais pas les appeler ainsi puisque qu’aucun d’entre eux n’a déboursé le moindre euro, le mot « patients » serait donc plus approprié, surtout en corrélation avec l’état maladif du marché).


Je ne sais pas avec précision, comment se portent les affaires en zone hyper-urbaine (centre-ville de Toulouse genre « Capitole-Saint-Georges-Ozenne »), si les ventes, dans ces quartiers privilégiés, se poursuivent à un degré aussi soutenu qu’avant. En revanche, j’ai le sentiment que, encore une fois, « l’égalité » des biens devant le marché n’est franchement pas d’actualité. Selon que vous vendez une maison isolée (pire un appartement mal placé) ou un bien individuel en plein centre-ville, la conjoncture vous sera favorable ou non.


Il semblerait qu’avec « la crise », les rares acquéreurs encore en piste, fidèles au comportement moutonnier qui a toujours été le leur depuis que le monde est monde, et que ce dernier a été doté d’une économie de marché, cherchent tous la même chose : une maison (les appartements n’ont pas vraiment la côte en région toulousaine, il y fait « trop » beau), de plain-pied ou avec au moins une chambre en RDC, surtout avec un jardin (même petit, mais tout de même supérieur ou égal à 100 m² de gazon, cour ou balcon excluant le bien), un garage attenant (si en face, pas bon du tout, vous comprenez, il faut traverser), le tout en centre-ville ou village animé (c’est-à-dire avec commerces de commodité A PIEDS). Plus de 800 mètres de la boulangerie, et la maison tombe dans la catégorie difficilement vendable….Le tout pour moins de 200 000 euros FAI !


Il est parfois agaçant de constater que de jolies maisons, plus qualitatives et souvent plus grandes, paradoxalement affichées à un prix inférieur à d’autres produits plus petits mais plus urbains, sont délaissées par les visiteurs, parce que situées 2 Kms trop loin. Seule une catégorie de biens est régulièrement visitée, ces temps-ci, et les négociations plus faibles car les acquéreurs potentiels se retrouvent en concurrence sur UNE même maison (alors qu’il n’y a personne sur d’autres). Par exemple, dans mon portefeuille actuellement, à deux kms du centre-ville, un autre bien (mieux côté au DPE et avec des prestations supérieures) n’est donc même pas jugé digne de recevoir un coup d’oeil. Décidément, l’immobilier n’est pas toujours « rationnel ». Mais le « client est roi », comme je l’ai lu régulièrement dans les commentaires de ce blog.


L’agent immobilier, que je suis, pourrait donc vendre encore fréquemment, en ce mois de Février 2013 (non, mais, c’est à se demander pourquoi je ne pète pas les scores), mais il lui faudrait parvenir à concilier deux petits miracles en simultané :

1. Dégotter LE bien immobilier (si possible plusieurs pour pouvoir en vivre) que tout le monde recherche (résumons, une maison même moche, petite surface, petit jardin, petit garage attenant, avec une chambre en RDC, à 60 mètres de l’école du quartier)

2. Convaincre les gentils propriétaires de ce petit bijou (parfois rafistolé artisanalement, mal noté au DPE, mais, qu’importe, stratégiquement positionné) que, même bien placé, sans gros défaut, sans travaux, le prix ne doit pas excéder 200 000 euros avec mes frais.

 

 

Merci à chacun alors de se rembobiner mentalement la décennie passée et les inepties qui ont été débitées, mais malheureusement parfaitement gravées dans le cerveau cupide de nos honnêtes concitoyens, à savoir que l’immobilier est une valeur sûre, que les prix ne peuvent que monter, qu’on ne vend qu’une fois et que cette opportunité unique « dans la life » est une occasion extraordinaire de gagner au loto, etc…


Donc, si vous me suivez toujours, concernant le deuxième point, à savoir laisser entendre au propriétaire qu’au-delà des 200 000 euros FAI, point de salut, je dois avouer que le chemin me semble long, très caillouteux, voire impraticable, à ce jour.


Lorsque j’écris ces quelques mots : « les vendeurs ne sont pas prêts à baisser », je me rends compte qu’il s’agit un doux euphémisme et que je suis très en-dessous de la réalité.

 

Dans la « V.V », (Vraie Vie, pour les néophytes), les propriétaires vivent sur une planète qui n’appartient même plus au même système solaire que les acquéreurs et a fortiori, les agents immobiliers. Je vous laisse juge de la situation ubuesque actuelle, au regard de quelques anecdotes récentes (Janvier 2013) de négociation avec certains charmants vendeurs potentiels:


Panier au vent, de rose vêtue (pour me différencier de certains agents immobiliers, appartenant à un célèbre réseau américain, et préférant la couleur « Poussin »), je me rends, en ce début d’année 2013, toute guillerette, chez un G.P (Gentil Propriétaire, dans ce cas, militaire très respectable, imposant par sa taille et prestance, haut-gradé, plusieurs fois médaillé, à la retraite) qui me reçoit au son de ces mots : « Tirez la chevillette, et la bobinette cherra ». Impeccable fonctionnement de la serrure, me voici à l’intérieur du logis, fort qualitatif au demeurant. L’objet de l’évaluation est une très belle propriété, parfaitement entretenue, avec parc taillé au cordeau,  composée de trois maisonnettes en hameau, le tout restauré sur plusieurs hectares de terres avec pool-house et piscine. Vous comprenez qu’il n’est donc pas possible d’asséner dans pareil cas: "au-delà de 200 000 euros, plus rien ne se vend…".

 

La propriété vaut au moins trois, à trois et demi fois plus, même en période difficile. Le prix tombe (après maints calculs, hésitations, consultations d’experts fonciers partenaires,  et, référence à la base PERVAL mise à jour des notaires) : au grand maximum (et avec cierges déposés à Lourdes), 750 000 euros frais d’agence inclus (Prix fatidique rarement atteint en région  toulousaine, au-delà duquel les clients vont acheter un T3 à Courchevel ou Biarritz !).


Colère mémorable alors de mon G.P. (« gentil » propriétaire toujours), qui se transforme, d’un coup, en une bête malfaisante verdâtre, mélange d’Hulk et d’un canidé enragé (il a certainement été mordu dans une vie antérieure par un loup garou, puis aspergé dans cette vie présente de rayons gammas au cours d’essais nucléaires militaires, mais cela, je ne le savais pas avant d’y aller, sinon j’aurais mis ma combinaison de Cat Woman ou celui de Black Widow, et non, mon tailleur pastel).


Bref, me voici virée, manu militari (c’est le cas de le dire), couverte d’injures, mon panier jeté au vent, accompagnant le mouvement. Mon oreille aiguisée distingue, alors, entre deux grognements de l’ancien chef d’armée, qu’il souhaite obtenir au plus bas: 1 600 000 euros NETS vendeur de son domaine (vous avez bien lu : un million-six-cent-mille euros nets pour lui). Bien sûr, libre à l’agent immobilier de rajouter, à ce prix non-négociable, sa commission ! Monsieur est trop bon.


De toutes les manières, si notre propriétaire irradié n’obtient pas le prix désiré, il ne vend pas. Point barre. Il n’a pas besoin de cet argent (Note de l’auteur (moi) : « alors pourquoi en vouloir autant, si l’aspect financier n’est pas un souci, hein? »), il détient six ou sept autres propriétés en France et à l’étranger. L’entretien du tout ce parc immobilier n’est pas un problème, ni pour lui, ni pour ses descendants. Il attendra des jours meilleurs ou un agent immobilier plus arrangeant !


Pas gagnée, cette commission, vous en conviendrez.


Autre jour de Janvier, autre anecdote : un propriétaire, médecin sans frontière de profession dans la « V.V », me téléphone. Il voyage beaucoup, n’est jamais en France, toujours entre deux avions à sauver des vies de pauvres enfants indigents. Il a fait le Sahel, le Mali, et il en oublie… Il a vu de la misère sur cette pauvre terre. Il est complètement détaché des contingences matérielles. Il ne m’appelle pas pour raconter sa vie (Ah ?). Il souhaite, en fait, se séparer de ses biens physiques pour être plus libre de voler au secours des nécessiteux. Il a pour projet de vendre une vieille ferme, achetée il y a trente ans, en état de ruines. A présent, notre « Super » gentil propriétaire ne sait plus que faire de cette bicoque. Il aimerait s’en débarrasser avant que le toit ne tombe et que les termites poursuivent leur œuvre. Parfait. J’adore. Cas de figure idéal pour temps de crise.


Mon odorat surentraîné de chasseuse d’affaires renifle le bon coup. Enfin, un « produit » dont l’état justifiera certainement un prix bas (voir très bas car toit pourri et présence de termites), gage de vente plus facile, le tout appartenant à un propriétaire qui s’affirme, d’emblée, « détaché des bas désirs vénaux ». Ah, un homme de cœur, depuis combien de temps votre humble serviteuse n’en a-t-elle pas croisé dans sa patientèle ?


Je vous passe les détails lyriques pour gagner du temps et vais directement à la conclusion de l’affaire. La visite sur place a été une hécatombe : mon estimation de 70 000 euros grand max pour la ferme termitée a été retoquée d’un revers de mail par le médecin sans frontière qui exige, en réalité, 160 000 euros de sa ruine en cours d’écroulement. J’apprends par la même occasion que cela fait 4 ans que la ferme est en vente dans plus de 16 agences ! Des offres, il en a reçu des dizaines en 48 mois. Elles n’ont jamais excédé 70 000 euros, ce que notre homme de cœur refuse catégoriquement d’accepter. Que je comprenne bien sa position : Non, il n’a pas besoin d’argent, il gagne des cent et des mille par mois, mais il estime que cette ferme déglinguée vaut bien 160 000 euros. Donc, il attend le « C…N » qui lui fera LA bonne proposition. Le toit peut bien tomber, dans l’intervalle, il s’en tape le coquillard. De toutes les manières, la terre n’a pas de prix et cette ferme est bien implantée sur un magnifique terrain (entre nous, à dix mille lieux du premier bourg habité, espérons que le prix du baril du brut n’explosera pas dans l’intervalle…). Notre vendeur est d’un optimisme chevronné, chevillé au corps : le marché repartira très vite, et là, un acquéreur censé lui offrira le graal tant convoité depuis 4 ans ! Notre « homme de cœur », détaché de toutes velléités marchandes, n’en doute pas. Moi, en revanche, beaucoup plus que lui. Et, il les facture combien, les enfants du Sahel ?


Loin de ces deux exemples caricaturaux (mais VERIDIQUES !), toutes les estimations de mon agence se heurtent systématiquement, depuis plusieurs mois, à des murs infranchissables, à ce jour, dressés par les vendeurs : les retraits de vente sont légion, les propriétaires mettent à la location, ou attendent des jours meilleurs. En grande majorité, ils préfèrent se couper un bras plutôt que de baisser leur prix.


Sur de tels tarifs élevés, seuls partent les biens immobiliers PARFAITS (adresse prestigieuse, prestations, aucune nuisance). Les statistiques indiquent donc à ce jour une chute importante des volumes de ventes (l’immobilier « moyen », classique ou avec défauts, ne se vend plus guère car il faudrait baisser les prix affichés, avant négociation, de 10 à 15% pour qu’il trouve enfin preneur, baisse que les vendeurs n’envisagent pas encore une seule seconde, à ce jour, tous persuadés que le bien vendu est absolument IRREPROCHABLE). En apparence, les prix chutent à peine, en apparence, mais il faudra bien y venir si certains propriétaires, en situation de contrainte (mutation, divorce, décès…) ne supportent plus de rester éternellement avec leur bien sur les bras.


A mon sens, cette absence de prise de conscience des vendeurs est, largement, engendrée par des discours déconnectés des réalités de certains groupes corporatistes immobiliers, mais également de la part des médias, qui écrivent TOUT et son contraire. Le propriétaire-vendeur peut lire à la fois, que le marché est en difficulté, certes, mais que les prix sont en « très léger repli ». Pas de quoi fouetter un chat, ni envisager de s’assoir sur une partie de sa plus-value. Le sujet est donc évoqué très superficiellement par les medias généralistes qui, pourtant, savent parfaitement être alarmistes quand on leur demande (cf. la psychose de la grippe A). Sur la baisse nécessaire des prix immobiliers, donc, pas beaucoup de relais médiatique de grande portée, malheureusement. Peut-être n’est-ce pas dans l’intérêt de certains journalistes, chef de rédaction, ou hommes politiques, multi-propriétaires…


En attendant, statu quo. Le marché est bloqué. Toute la filière immobilière est en grande difficulté (plus de 10 000 pertes d’emplois dans le secteur de la transaction immobilière en 2012, plus de 3000 agences ont fermé). Je ne vous parle même pas du nombre d’« agents commerciaux » type OPTIMHOME ou CAPI qui ont arrêté. Certes, moins de concurrence pour mon agence, mais faut-il s’en réjouir ?


A mon sens, le mécanisme de grippage en est seulement à son début, mais personne ne s’en émeut. Trop de français attendent leur tour d’être enfin propriétaires pour pleurer sur la baisse des prix. En revanche, dès qu’une usine est menacée de fermeture (200 à 500 emplois menacés en moyenne, soit 25 à 50  fois moins qu’en immobilier), le site industriel reçoit les honneurs de la presse, du gouvernement et cerise sur le gâteau, de Montebourg. Le peuple est alors « peiné » de ce qui arrive aux ouvriers. Pas sûr que la faillite d’agences, mettant chacune entre 4 et 5 personnes sur le carreau, fasse pleurer dans les chaumières.


Deux poids, deux mesures. L’égalité et la fraternité à la Française !


Ce qui m’inquiète, encore une fois, est la nature humaine. La cupidité insatiable des vendeurs les empêche d’anticiper la baisse et les aveugle au point de maintenir des velléités de prix inutilement hauts. Seul un drame de la vie (mort d’un conjoint, divorce, licenciement…), ou parfois le temps écoulé, les ramènera à la réalité. A ce jour, en majorité, ils ne sont pas prêts.

 

Par Ninon Ingrid - Publié dans : Divers sujets de réflexion - Communauté : Immobilier et économie
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